Contrairement à ce que son nom parfaitement prononçable pourrait laisser croire, Hania Rani est polonaise. Comme quoi, les clichés sur les Polonais dont les patronymes seraient essentiellement composés de lettres à 10 points chacune au scrabble, alors que R-A-N-I atteint péniblement un score de 4 malheureux points… Après vérification, il s’avère que c’est un pseudo, et que son vrai nom totalise un joli 38 points.
En plus d’être polonaise, Hania Rani est pianiste et un peu chanteuse. Elle a en commun avec l’auteur de ces lignes d’aimer d’autres pianistes comme Yann Tiersen, Agnes Obel, Nils Frahm ou Ólafur Arnalds (ce qui est l’occasion de constater avec une certaine surprise que ces deux derniers n’ont jamais fait l’objet d’une article sur ces pages : deux surprenantes omissions à réparer au plus tôt). Et force est de constater que ses goûts se retrouvent dans sa propre musique, à cela près qu’Hania Rani est peut-être plus virtuose que les références musicales qu’elle cite.
La vidéo live ci-dessous est calée sur le dernier titre, Buka, mais rien ne vous interdit bien sûr d’en écouter les 4 morceaux en intégralité en revenant au début.
Voilà une bonne nouvelle qui mérite un nouvel article dans ces pages après une longue pause… Une bonne nouvelle qui vient de loin: c’était il y a 16 ans, et après avoir vainement espéré pendant longtemps, j’avais fini par cesser d’y croire. De croire au fait que j’aurais l’occasion de réentendre Odin’s raven magic autrement que sur un bootleg au son approximatif.
Odin’s raven magic est une pièce orchestrale et vocale en 7 actes, fruit de la collaboration entre Sigur Rós, Hilmar Örn Hilmarsson et Steindór Andersen. Elle n’a été jouée qu’à quelques reprises : lors de sa création à Londres en 2002, puis à la Villette en 2004. J’y étais, et j’avais à l’époque pris bonne note que le concert faisait l’objet d’une captation en vue d’une hypothétique sortie en CD ou DVD. Puis plus rien… jusqu’à cette épidémie de Covid 19, qui cantonne les musiciens chez eux, privés de l’activité et des revenus des concerts. Faut-il y voir une coïncidence? C’est juste à ce moment-là que Sigur rós (ou son label?), en farfouillant dans ses cartons pour tuer le temps, tombe sur cet inédit et décide de le sortir: s’il fallait trouver un bénéfice à cette pandémie, en voici un…
Disons-le tout de suite, Odin’s raven Magic n’est pas un concert/album de Sigur Rós au sens classique du terme, puisqu’il fait la part belle à d’autres artistes. C’est donc une œuvre chorale… pour chorale, orchestre et groupe de post-rock. N’espérez pas trop vous y délecter de la voix de tête céleste de Jonsi : il n’y chante qu’avec parcimonie, laissant souvent les parties vocales solistes à la voix de baryton de Steindor Andersen. Il n’en reste pas moins qu’avec son orchestre, son chœur, son marimba géant à lames de pierre et son Sigur Rós (quand même), ce concert fut des plus mémorables et c’est donc avec joie que je peux enfin vous le faire vivre… en virtuel comme il se doit en cette période.
Trois des sept actes d’Odin’s raven magic sont disponibles en vidéo dans cette playlist. Le concert complet sort aujourd’hui en CD.
Hier soir était diffusé sur Arte le film Eastern boys, dont la B.O. est signée Arnaud Rebotini, musicien électro (et parfois rock) œuvrant au sein duo Black Strobe, mais également sous son propre nom et, une seule fois malheureusement, sous le nom de Zend Avesta, pseudonyme sous lequel il livra en 2000 un magistral album pas du tout électronique (ni rock) sur lequel figuraient entre autres Alain Bashung et les ex-chanteuses de GusGus et d’Archive.
Depuis ce coup de force, Rebotini ne s’était plus aventuré dans le style musical ambitieux qui avait fait la marque de fabrique de son alias Zend Avesta et suscité nombre de critiques élogieuses… jusqu’à la sortie d’Eastern Boys en 2014 où à la faveur de quelques titres, et en particulier du premier (« Arrestation »), le musicien nous renvoie à ce sommet de sa carrière musicale.
A l’exception de cette parenthèse, on est depuis resté sans nouvelles de Zend Avesta, et ce n’est pas l’écoute des albums de Black Strobe qui nous en consolera.
Lors du concert de Locus Solus Orchestra dont fait partie Manu Delago à qui j’ai récemment consacré un article, on a pu entendre une version réarrangée de l’Opening de l’album Glassworks de Philip Glass (à moins que ce n’ait été de Closing, les deux titres partageant le même thème)
Les amateurs de la BO du film La leçon de piano seront en terrain connu avec ce titre, ce qui n’a rien de très étonnant, Philip Glass et Michael Nyman (le compositeur de la BO) étant plus ou moins issus du même courant musical : la musique minimaliste américaine.
Dans les deux cas, il s’agit d’une pièce pour piano à la rythmique simple et répétitive, sans réelle mélodie… et pourtant tellement émouvante.
Cela fait des années que je voulais faire un article sur un instrument créé dans les années 2000, le hang drum, et un de ses virtuoses : Manu Delago. A tel point que je pensais l’avoir déjà écrit. Comme il s’avère que ce n’est pas le cas, sa venue à l’Antipode à Rennes dimanche prochain est donc l’occasion de rattraper le temps perdu.
Si j’ai déjà fait allusion à cet instrument dans des posts précédents, le sujet du jour est une pièce pour hang composée et interprétée par Manu Delago, spécialiste de l’instrument qui a notamment officié avec Björk lors de sa dernière tournée (Biophilia)
Si je n’apprécie guère le son des steel drums, instrument caribéen dont le hang s’inspire, je trouve qu’il se dégage au contraire du hang une atmosphère très intéressante. Mono Desire, titre où Manu Delago joue de deux hangs à la fois et montre l’étendue de sa technique, est également un morceau particulièrement envoûtant, dont je vous laisse apprécier l’interprétation live sur un plateau de France 2.
Piano phase est une œuvre emblématique de la musique contemporaine minimaliste. Composée en 1967, elle fait partie des premières pièces de Steve Reich reposant sur le principe du phasing élaboré par le compositeur américain. Le concept est de composer une œuvre à partir d’un matériau de base minimal, à savoir un court motif de quelques notes répété simultanément par deux instruments. En faisant varier le décalage temporel entre les deux instruments (ceux-ci jouent le motif à l’unison, décalé d’une double croche, puis de deux, et ainsi de suite), Reich découvre que la superposition de ces mélodies jouées en décalé permet de faire émerger de nouvelles mélodies. Ces œuvres de jeunesse de Steve Reich sont assez expérimentales, mais très intéressantes conceptuellement (pour des informations plus détaillées sur la structure de la pièce, se reporter à la page Wikipedia, très documentée). Elles sont également assez difficiles à exécuter, car les deux instrumentistes doivent se décaler progressivement l’un par rapport à l’autre, en jouant à un tempo très légèrement différent. En 2004, en présence de Steve Reich, un pianiste nommé Rob Kovacs interprète pour la première fois Piano Phase seul, en jouant d’un piano de la main gauche et de l’autre de la main droite, ce qui constitue en soi une performance : s’il n’est déjà pas simple pour deux pianistes de jouer simultanément à un tempo très légèrement différent, il l’est encore moins pour les deux mains d’un pianiste…
Note: pour être plus précis sur le mécanisme du phasing : après un départ à l’unison, le deuxième pianiste (ou la deuxième main du pianiste…) va accélérer le motif de départ jusqu’à prendre une double croche d’avance sur le premier, rester un moment au même rythme que le premier pianiste, puis accélérer de nouveau jusqu’à prendre une nouvelle double croche d’avance, et ainsi de suite jusqu’à arriver à un décalage du motif complet, donc à revenir à l’unison. Les phases d’accélération sont un peu fouillis, mais de chaque phase décalée stable émane un nouveau motif mélodique qui semble différent des précédents, alors qu’il est en fait composé de la superposition du même motif de base. C’est la magie de cette pièce.
Cette œuvre très intéressante mais plutôt difficile d’accès est l’occasion d’un bref survol de quelques notions d’harmonie et d’histoire de la musique.
La notion musicale de « tonalité » induit que les douze demi-tons de la gamme chromatique ne sont pas égaux. Dans une tonalité donnée, certains seront plus importants que d’autres et auront donc généralement un nombre d’occurrences plus élevé, quand d’autres seront carrément exclus de la partition : dans un morceau en Do majeur par exemple, on trouvera en moyenne plus de Do que de Si, et pas (ou très peu) de Do#.
Cependant, au fil des siècles, l’harmonie de la musique classique occidentale n’a cessé de s’enrichir et de se complexifier : aux mélodies à l’unisson (comme le chant grégorien) se sont ajoutés les intervalles de quinte et de tierce, puis la septième, la neuvième, etc. réduisant les « inégalités » entre les notes, et déplaçant d’autant la limite entre consonance et dissonance aux oreilles des mélomanes.
Dans les années 1920, le compositeur Arnold Schoenberg décide de pousser cette évolution à son stade ultime en abolissant la notion de tonalité : aucune note ne doit être prépondérante par rapport à une autre. Pour garantir cette absence de hiérarchie entre les notes, Schoenberg invente le dodécaphonisme (point de départ de la musique dite « sérielle ») : en schématisant, une pièce doit être composée à partir d’une série ordonnée des douze notes de la gamme. Ainsi, une note ne peut pas être répétée tant que les onze autres n’ont pas été également jouées, garantissant une égalité parfaite entre toutes les notes. Cette théorie sera le fondement d’une bonne partie de la musique contemporaine européenne, et donnera naissance à des œuvres globalement inaudibles pour le commun des mortels.
Schoenberg avait deux élèves et disciples : Anton Webern et Alban Berg. Alors que Webern était plutôt plus royaliste que le roi, Berg eut plutôt tendance à détourner les régles de la musique sérielle, par exemple en utilisant des séries de douze notes composées de quatre accords parfaits égrenés en arpèges (par exemple Do Mi Sol | Ré Fa La| Fa# La# Do# | Sol# Si Ré# = Do majeur | Ré mineur | Fa# majeur | Sol#Mineur) faisant revenir par la fenêtre un peu de la tonalité que Schoenberg avait mise à la porte…
Même si elle reste assez ardue, surtout pour le fan moyen de Christophe Maé, la musique de Berg est nettement plus écoutable que celle de son collègue Webern, dont les processus de compositions extrêmement formalisés et intellectualisés laissent peu de place à la transmission d’une émotion. Tel n’est donc pas le cas de ce concerto pour violon d’Alban Berg qui, s’il peut encore sembler assez dissonant à nos oreilles près d’un siècle après sa composition, n’en véhicule pas moins d’intenses émotions, et pour cause : la pièce fut composée en mémoire de la fille d’amis proches, dont le décès prématuré avait profondément affecté le compositeur…
Cet article est dédié à la mémoire de Capucine,
fille d’amis proches,
décédée elle aussi prématurément
le 14 décembre 2013 à l’âge de 13 ans.
Dors en paix petit ange malicieux.
S’il est un film dont la musique participe fortement à l’atmosphère qui s’en dégage, c’est bien Solaris de Steven Soderbergh (2002). Remake réussi du grand classique d’Andrei Tarkovski (1972) que tout bon cinéphile se doit d’avoir vu, le Solaris de Soderbergh doit beaucoup à la BO de Cliff Martinez, ancien membre des Red Hot Chili Peppers (sa musique n’a plus rien à voir avec celle du groupe) et compositeur fétiche de Soderbergh. C’est d’ailleurs également ce qu’en pense Cliff Martinez lui-même, la considérant comme sa musique de film la plus réussie.
Si la BO de Solaris évoque beaucoup le son du hang drum, une percussion très intéressante inventée par une petite entreprise suisse dans les années 2000 (et dont je vous ferai écouter un de ces jours un morceau d’un virtuouse de l’instrument), il semblerait que Cliff Martinez ait en realité fait appel à un gamelan (orchestre balinais) pour l’interpréter. De ces percussions mélodiques, passées dans des delays et complétées d’un orchestre, il résulte une musique hypnotique, à l’image des héros du film sous l’emprise de la planète Solaris autour de laquelle ils gravitent, un musique à la fois ample comme l’espace qui les entoure et étouffante comme le vaisseau dans lequel ils sont confinés.
Quelle que soit la manifestation musicale rennaise à laquelle vous vous rendiez (Transmusicales, Tombées de la nuit…), il y a une probabilité non négligeable pour qu’Olivier Mellano figure d’une manière ou d’une autre dans la programmation. Violoniste à l’origine (de Miossec notamment), il a progressivement délaissé l’archet pour le médiator (rien à voir avec les laboratoires Servier…), et surtout participe à un nombre assez impressionnant de projets dans des styles aussi divers que variés : Mellano fait de la pop au sein de Mobiil, du rap avec Psykick lyrikah, du rock avec Laetitia Shériff et Bed (du rock calme, en l’occurrence), de la musique contemporaine sur le label Naïve Classique; il compose pour des spectacles de danse, fait des séances de ciné-concert, et j’en oublie sûrement…
Bref, si vous habitez Rennes et que vous songez à monter un groupe, faites-le en connaissance de cause et soyez conscient des risques : un bref moment d’inattention, et vous risquez de vous retrouver avec Olivier Mellano dans votre effectif 😉
Il y a du bon et du moins bon dans la discographie du Rennais : certains artistes avec lesquels il collabore sortent des albums très intéressants (Laetitia Shériff, Bed…), d’autres me laissent plus circonspect (Psykick Lyrikah… mais le rap n’est globalement pas ma tasse de thé, donc peut-être que quelque chose m’échappe)
De même dans ses œuvres solo, qui mélangent parfois musique contemporaine, rock et hip-hop dans un même concert, le résultat est intéressant mais parfois un peu inégal. Il faut néanmoins lui reconnaître le mérite de l’audace et de l’originalité.
Du côté des réussites, on trouvera certaines de ses pièces d’influence classique, telles que ce Perpetuus animarum motus II par lequel se termine l’album La chair des anges, paru en 2006. Cette œuvre vocale, très méditative, n’est pas sans rappeler les compositeurs contemporains d’Europe de l’Est : Arvo Pärt, Henryk Gorecki. L’album recèle également un très beau quatuor à cordes que je vous ferai peut-être écouter une autre fois…
J’ai déjà parlé de Steve Reich précédemment dans des posts consacrés à d’autres artistes (Yann Tiersen -dont il est une influence-, Moondog -qu’il a soutenu-), il est maintenant temps de lui consacrer un article…
Il était une fois la musique contemporaine… Au début du siècle dernier, des compositeurs (dont une forte concentration à Darmstadt en Allemagne) vont au bout d’une évolution de la musique savante occidentale consistant à utiliser des harmonies de plus en plus complexes (dissonantes, pourrait-on dire pour faire simple). Il en arrivent donc à instaurer un égalitarisme total dans la théorie de la musique : toutes les notes de la gamme doivent être utilisées aussi souvent les unes que les autres, abolissant de fait la notion de tonalité (do majeur, sol mineur, etc). La musique sérielle est née, point de départ de la musique dite « atonale », musique censée être en avance sur son temps, mais qui, plus d’un siècle après son invention, peine toujours à trouver un large public en dehors des BO de thrillers et de films d’épouvante. Elle est donc soit très en avance sur son temps, soit inaudible… Après les notes, on instaure des règles de compositions de plus en plus strictes, en sérialisant également les durées et les intensités, pour aboutir à un résultat paradoxal : trop de règles tuent les règles, elles produisent une musique qui ressemble à un grand fouillis aléatoire.
Bref, cette musique issue de la vieille Europe, toujours plus formalisée, aboutit plus ou moins à une impasse (je recommande à ce sujet le livre Requiem pour une avant-garde, de Benoit Duteurtre), conduisant des compositeurs outre-atlantique à prendre le contre-pied de cette démarche : Terry Riley, puis Steve Reich et Philip Glass réaffirment plus fortement que jamais la prééminence de certaines notes par rapport à d’autres ainsi que l’importance des repères rythmiques en inventant la musique répétitive (ou musique minimaliste). Aux antipodes des Schoenberg, Boulez, Messiaen, Xenakis et consorts, ils créent des musiques à partir de motifs extrêmement simples qu’ils déclinent à l’infini par une suite de micro-variations : alors que les sérialistes et leurs héritiers veulent utiliser toutes les notes à la fois, abolir toute pulsation rythmique régulière, Steve Reich et les minimalistes étudient les musiques extra-européennes (musiques de transe africaines, musique de gamelan balinais), et s’échinent à produire une musique utilisant très peu de notes et des motifs extrêmement simples et réguliers.
Leur premières tentatives, dans les années 60 (comme par exemple Piano Phase, de Reich, Music with changing parts, de Glass) sont assez jusqu’au-boutistes et peuvent être un peu trop ardues pour s’initier à ce genre de musique. J’ai donc choisi une œuvre plus accessible de Steve Reich (mon préféré des compositeurs minimalistes), qui s’avère également être une de mes préférées et que j’ai eu la chance de voir interprétée par Steve Reich en personne à la Cité de la Musique. Cette pièce en 14 parties, qui dure une petite heure au total, est particulièrement aboutie en ce qui concerne la superposition et la transformation progressive de motifs simples. Le travail sur le timbre y est aussi intéressant : en superposant divers instruments acoustiques, Reich produit des timbres dont on ne reconnait plus vraiment l’origine. Les premières et dernières parties, toutes deux intitulées Pulses, sont particulièrement fascinantes.
Alors oui, c’est répétitif, mais c’est le principe même de cette musique, qui n’est peut-être pas ancrée dans la culture occidentale (du moins avant l’arrivée de la techno…) mais donc la structure est très proche des musiques traditionnelles d’autres régions du monde. Comme avec les musiques de transe, il faut se laisser porter, je dirais presque hypnotiser, par cette répétition (ou plutôt cette pseudo-répétition, car le morceau évolue en permanence). Cette musique s’écoute peut-être d’une autre manière que du Céline Dion (qui ne s’écoute pas du tout, en fait c’est un mauvais exemple), mais si l’on est capable de s’ouvrir à elle, de prendre le temps de la découvrir sans zapper au bout de deux minutes en disant « pfff, c’est toujours la même chose », elle ouvre de nouveaux horizons musicaux…
En résumé : au petit jeu des disques à emporter sur une île déserte, Music for 18 musicians se trouverait certainement dans ma valise…
Version interprétée par le Steve Reich Ensemble en 2008 à l’opéra de Tokyo (Steve Reich, c’est le gars avec la casquette…)
Une autre version interprétée par un autre ensemble, mais avec une video de meilleure qualité
Plus d’information au sujet de cette oeuvre sur Wikipedia
Il y a maintenant presque un siècle, un groupe de compositeurs de Darmstadt (Allemagne), mené par Schöenberg, établissait les règles de la musique « sérielle », posant ainsi les fondements de la musique atonale : la notion de tonalité (Do majeur, etc) était abolie, et les repères pour l’auditeur aussi… A leurs détracteurs, il affirmaient que le public n’était pas prêt, qu’ils étaient en avance sur leur époque, et que ce n’était qu’une question de temps avant que le public se mette à apprécier leur musique. Quatre-vingt dix ans plus tard, alors que la majorité de la musique contemporaine poursuit dans cette voie, 99% de la population trouve toujours inaudible ladite musique atonale, et son seul usage « grand public » se trouve dans les musiques de film pour créer une tension au moment où l’abominable serial killer s’apprête à frapper… Considérés comme réactionnaires par les héritiers de Schöenberg (Boulez et consorts), certains compositeurs contemporains se sont néanmoins détournés de cette voie radicale, pour revenir à un peu plus de tonalité. Le Polonais Henryk Gorecki, décédé en 2010, est de ceux-là. La pièce que nous écouterons aujourd’hui n’est pas la plus classique qu’il ait faite (son « tube » est sa 3e symphonie, que je vous proposerai aussi à l’occasion), mais elle témoigne d’une volonté de retour aux sources, notamment en se réappropriant des morceaux traditionnels polonais. Bref, si les harmonies sont plus complexes que celles des chansons de Céline Dion, on est également loin de la suite de notes aléatoires que certaines pièces du répertoire contemporain peuvent évoquer. Et c’est tant mieux.
Une fois n’est pas coutume, je ne m’extasierai pas sur l’immense talent de l’artiste dont je mets un titre à l’écoute aujourd’hui : s’agissant d’une composition personnelle, cela relèverai d’un exercice d’auto-congratulation éhonté…
Voici donc en toute modestie, et en exclusivité mondiale sur Bonnes Notes, la maquette d’une petite pièce acoustique composée, comme son nom l’indique, à la fin de l’été.
Deuxième sortie notable du moment, le fantasque Jason Beck, alias (Chilly) Gonzales, nous revient avec « Piano Solo II », dont le titre laisse peu de doutes sur le fait qu’il s’agisse de la suite de son album « Piano Solo »…
Après son précédent album de « Rap symphonique », Gonzales revient donc à un format intimiste. Le premier « Piano solo » n’était pas sans rappeler Éric Satie ou Claude Debussy, il en va de même pour le second… C’est un bel et apaisant nouvel album que nous livre l’autoproclamé « génie de la musique », faisant montre une fois de plus de la diversité de son talent, passant sans difficulté de rappeur à compositeur classique…
Nous écouterons aujourd’hui « Rideaux lunaires », extrait de ce nouvel album.
Dans trois jours sortira le nouvel album de Dead Can Dance, seize ans après leur précédent album studio (le groupe s’est séparé en 1998, avant de se reformer pour une tournée en 2005 puis de nouveau en 2011). Dead Can Dance, que j’ai plus écouté qu’aucun autre groupe au début des années 90, fut l’un des fers de lance du label 4AD, label qui fut lui-même été l’un des fers de lance de la musique indépendante de cette époque, et dont j’ai plus écouté les productions qu’aucun autre label…
La musique de Dead Can Dance, groupe atypique composé de Brendan Perry et Lisa Gerrard, est difficilement classable : après des débuts vaguement rock (mais ne ressemblant néanmoins pas à quoi que ce soit de connu), Dead Can Dance fait place à des instrumentations plus classiques, s’embarquant progressivement vers une musique mystico-baroque. Le duo finira sa (première) carrière par un virage vers des influences plus world (Brendan Perry étant un passionné de percussions ethniques).
Le groupe fait l’objet d’un véritable culte par certains de ses fans : il suffit de se rendre à un de ses concerts (généralement complets des mois à l’avance, c’est encore le cas de cette tournée 2012…) pour s’en rendre compte. Outre la beauté de sa musique, cela est probablement aussi alimenté par le côté mystique de sa chanteuse, qui considère le fait de transmettre de l’émotion à travers sa voix comme une sorte de mission divine… Les deux membres du groupe se partagent le micro, mais si Brendan Perry chante en anglais, Lisa Gerrard s’exprime dans une langue imaginaire.
En attendant le nouvel album, nous écouterons aujourd’hui le titre Summoning of the muse, extrait du troisième album de Dead Can Dance Within the realm of a dying sun (1987) chanté par Lisa Gerrard.
Il passait ces derniers temps une publicité (stupide) pour une voiture dont on n’aurait pas besoin de savoir où sont les clés (à part qu’il faut quand même les avoir sur soi pour que la voiture s’ouvre, et quand on sait qu’on les a sur soi, on n’est plus très loin de savoir où elles sont, d’où le qualificatif de stupide). Bref, il se trouve que cette pub (stupide, l’ai-je précisé?) utilise une musique de Moondog, ce qui est l’occasion d’écrire un article sur cet artiste hors du commun.
Peu connu du grand public, Louis Thomas Hardin, alias Moondog, était en effet un personnage assez incroyable. Aveugle depuis l’âge de 13 ans, il vécut dans la rue une grande partie de sa vie, tout en enregistrant des disques… D’un point de vue musical, il fut en même temps un grand spécialiste du contrepoint, technique d’écriture musicale classique élaborée vers 1700, et un artiste d’avant-garde à de nombreux points de vues. Cependant, ses tenues vestimentaires (il s’habillait en tenue de roi viking…) et son mode de vie (il dormait dans la rue, notamment afin d’économiser de l’argent pour pouvoir payer la transcription de ses partitions écrites en braille) le tinrent éloigné des milieux académiques de la musique classique et contemporaine.
Moondog jouait dans la rue (il « habitait » sur la 6e avenue à New York) avec des instruments qu’il avait créés, tout en enregistrant régulièrement des albums, parfois avec un orchestre symphonique.
Même si les grandes figures de la musique contemporaine minimaliste sont principalement Steve Reich et Philip Glass, il fut un peu un précurseur de ce mouvement musical, aux dires mêmes des deux intéressés (le second ayant même hébergé Moondog quelques mois)
Moondog fut également un des premiers à utiliser la technique du re-recording (se ré-enregistrer par dessus un enregistrement précédent et ainsi empiler des couches…) aujourd’hui largement utilisée.
Il fut très prolifique (il aurait notamment écrit 80 symphonies) bien que toute son œuvre n’ait pas été publiée. Il a également écrit une pièce de 9 heures pour 1000 musiciens, qui ne fut jamais jouée, faute de moyens…
Pour l’anecdote, on notera aussi qu’il fut invité aux Transmusicales de Rennes en 1988, et que son concert fut un véritable fiasco par la faute des musiciens de l’Orchestre de la ville de Rennes (cf article ouest-france)
Moondog s’est éteint 1999 à l’âge de 83 ans, en Allemagne, pays dans lequel il était allé donner deux concerts en 1974… et dont il ne revint jamais (tant et si bien qu’on le crut un moment mort à New York), se trouvant mieux en Europe qu’aux Etats-Unis.
Toute son oeuvre n’est pas forcément extrêmement accessible. Voici donc un morceau de la fin de sa vie (1992), qui ressemble beaucoup à certaines oeuvres de Steve Reich, notamment par l’utilisation des marimbas.
Stuart Staples, chanteur des Tindersticks récemment mentionnés ici, chante un titre sur l’album « Les retrouvailles » de Yann Tiersen, ce qui m’amène à parler de ce dernier… Choisir un titre à mettre en avant n’est pas chose facile tant les albums du breton regorgent de pépites. Surtout connu du grand public pour la BO d’Amélie Poulain, en partie composée (c’est le cas de le dire…) de titres repris d’albums antérieurs, Tiersen a aussi magnifiquement mis en musique le film « Goodbye Lenin! ». Une bande originale un peu plus symphonique que ses productions habituelles, et dans laquelle transparaît l’influence de Philip Glass, qui est avec Steve Reich un des chantres de la musique minimaliste américaine.