Rodolphe Burger – Providence (album: Good)

Rodolphe Burger occupe une place un peu à part dans la musique française. L’ex prof de philo et leader de Kat Onoma a toujours fait preuve d’exigence dans son art, livrant loin des sentiers battus et de la lumière des médias des albums pas toujours faciles d’accès, mais sans concessions. Collaborateur de l’ombre pour les autres (Alain Bashung lui doit quelques titres de son album « Fantaisie militaire », élu meilleur album de ces 20 dernières années aux Victoires de la musique en 2005 après avoir raflé trois récompenses lors de sa sortie), Burger aime lui même s’entourer d’écrivains lorsqu’il s’agit de confectionner ses propres albums. Sorti en janvier, son nouvel opus s’appelle Good, titre qui résume bien cet album sur le plan qualitatif, et dans lequel le chanteur dit de sa voix profonde les mots de ses complices, dont Olivier Cadiot avec qui il collabore de longue date, à l’instar du titre Providence.

Benjamin Biolay – La débandade (album: Palermo hollywood)

Après le disciple (Marvin Jouno, voir article précédent), le maître : Benjamin Biolay revient avec un nouvel album intitulé Palermo hollywood.

Rappel des faits : il est toujours difficile de donner suite à un chef d’œuvre, et La vengeance, bon album dans l’absolu, avait pu décevoir tant Benjamin Biolay avait placé la barre haut avec sa précédente livraison, bien nommée La superbe. L’on se demandait donc de quel niveau serait ce nouvel album, après la parenthèse hommage à Trenet. Biolay allait-il retrouver les cimes ou La superbe n’était-il qu’un artefact dans une discographie par ailleurs plus qu’honorable? La réponse est vraisemblablement entre les deux : sans égaler le quasi-indétrônable La superbe, il est néanmoins plus inspiré et cohérent que La vengeance, marquant un retour en forme du chanteur. Biolay y a bien digéré les influences musicales du pays qui l’a hébergé pendant la réalisation de cette album (l’Argentine), apportant avec réussite une coloration latino-américaine inédite dans sa discographie.

La débandade, pertinemment choisi comme un des singles de l’album, en est un exemple.

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Note d’information : le premier album de Camp Claude, dont le titre Hurricanes a été chroniqué ici, est désormais disponible et est plutôt réussi. On se demandera juste ce qui a pu pousser le groupe à refaire le mixage de ce titre entre-temps : la version incluse dans l’album y est en effet moins bien que celle d’origine, amputée de sa basse sur tout le morceau ainsi que de sa texture de guitare très « dream pop » (Cocteau Twins…) en fin de morceau. Étrange et un peu décevant, cette chanson étant (ou ayant pu être…) un des meilleurs titres de l’album.

Marvin Jouno – Quitte à me quitter (album: Intérieur nuit)

On ne peut évidemment pas ne pas penser à Benjamin Biolay à l’écoute de ce premier album de Marvin Jouno. A cause du chant bien sûr (même façon de laisser mourir les notes sur vibrato un peu tendu), mais aussi au niveau de l’écriture et du style. Alors bien sûr, on pourra dire que Marvin Jouno n’est qu’un clone et n’a rien inventé. Certes, les territoires sur lesquels nous emmène son premier album Intérieur nuit ne sont pas totalement inconnus, mais ne fait pas du Biolay qui veut : encore faut-il avoir suffisamment de talent pour cela, et Marvin Jouno ne semble pas en manquer. Il ne lui reste plus qu’à affirmer un peu plus son propre style.


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Dominique A – Au revoir mon amour

J’ai dû mal entendre : vendredi dernier sur France Télévisions, la Victoire de l’artiste masculin de l’année n’a pas pu échapper à Dominique A alors qu’il était opposé à Kendji Girac et Vianney, et qu’il venait d’interpréter la si jolie chanson Au revoir mon amour extraite de son de son dernier album Eléor. Si? Ah…

Alors, seconde hypothèse : le jury doit mal entendre

Je rassure ceux qui n’ont pas regardé la cérémonie, Kendji Girac n’a pas gagné non plus, l’honneur est sauf, c’est un moindre mal. Mais quand même, si Vianney est un jeune chanteur plutôt sympathique, il n’y a quand même pas photo entre « Pas là, pas là, mais t’es pas là, mais t’es où, pas là, mais t’es pas là, mais t’es où, pas là, mais t’es pas là, mais t’es où? » et ça :

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Heureusement que Dominique A s’était vengé par avance de l’affront dès 1996, date de son premier passage aux Victoires, en livrant une version live modifiée pour l’occasion de son tube du moment Twenty two bar. Un grand moment où il se paie le milieu de la chanson française endormi sous son nez, sans que celui-ci ne bronche : CQFD… On ne s’en lasse pas (de 0’50 » à 1’45 » dans la vidéo)

A la télévision française, je chantais
Je ne sais plus pourquoi c’était
En face de moi les gens dormaient

Si par hasard il s’éveillaient, il sentaient
Leur vieux décor se balancer
Plusieurs fois manquer de tomber

Même si le petit pont de bois s’écroulait
Des cocoricos s’élevaient
La chanson d’ici ils y croyaient

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Alain Bashung – Bruxelles (Dick Annegarn)

Suite de la série inspirée par la playlist de grève de France Info, qui contient également la très belle chanson Bruxelles de Dick Annegarn, paru en 1974. En ce qui nous concerne, nous en écouterons la reprise d’Alain Bashung (même si la version originale est également très bien)

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La Maison Tellier – Sur un volcan (album: Beauté pour tous)

Après le titre Volcano de Saycet présenté dans l’article précédent, nous conclurons l’année 2014 en persévérant dans le registre volcanique…

Le groupe La Maison Tellier est composée de Raoul Tellier, Helmut Tellier, Léopold Tellier, Alphonse Tellier et Alexandre Tellier. La première question qui vient donc à l’esprit est bien évidemment : mais d’où vient le nom du groupe? D’une nouvelle de Maupassant… Rien à voir, donc, avec le patronyme de ses cinq membres (ou si peu…)

Considérant ensuite le fait que les principaux membres du groupe, outre le fait de s’appeler Tellier, arborent des barbes assez fournies, vient une seconde question toute aussi évidente : mais pourquoi donc Sébastien Tellier ne fait-il pas partie du groupe?

En attendant cet improbable ralliement, La Maison Tellier a sorti quatre albums en une dizaine d’années d’activité. Sur un Volcan, extrait de leur dernier album Beauté pour tous, ne brille certes pas par la complexité de sa progression harmonique. La grille d’accords sur laquelle repose l’intégralité de la chanson tient en effet en 4 secondes chrono : 2 secondes de Do mineur, 2 secondes de Mi bémol majeur et on recommence. Cela contribue-t-il à rendre Sur un Volcan aussi entêtante? Car une fois rentrée dans la tête, la chanson en sort difficilement. Et si le matériau de base est assez minimaliste (un ostinato à la guitare), le titre n’en est pas moins riche d’arrangements bien construits accompagnant un texte bien écrit, faisant de l’ensemble une réussite : au final, une chanson attachante, voire addictive.

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Alain Bashung – Je me dore (album: l’Imprudence)

Bon point orPour faire suite à l’article sur Zend Avesta dans lequel cet album était cité, voici un extrait de l’Imprudence d’Alain Bashung, album paru juste après le multi-récompensé Fantaisie militaire, et qui lui est de mon humble avis encore supérieur, ou à tout le moins plus audacieux. C’est l’album qui clôt la collaboration avec le parolier Jean Fauque, collaboration qui correspond, toujours à mon humble avis, à l’apogée de la carrière du chanteur : Jean Fauque est le co-auteur de la plupart des chansons d’Osez Joséphine, Chatterton, Fantaisie militaire, et l’Imprudence.

Difficile d’en choisir une chanson tant la première moitié de l’Imprudence enchaîne les titres de haut vol. Ce sera finalement Je me dore.

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