Jeanne Added – Radiate (critique album)

On avait découvert Jeanne Added à l’occasion des Transmusicales 2014, où elle était en résidence à l’Aire Libre. Elle y donnait alors ses premiers concerts dans la foulée de la sortie de son premier album solo Be sensational. Malgré son expérience (34 ans l’époque, et une déjà longue expérience en tant que violoncelliste et chanteuse de jazz), on y avait vu une Jeanne Added un peu tendue par ces premiers pas sur scène en solo, sans que cela n’enlève quoi que ce soit à son talent.

Si on avait été bluffé par sa voix, qu’elle maîtrise remarquablement bien, on avait trouvé les titres de ce premier album un peu inégaux, malgré la présence de l’excellent Dan Lévy (moitié masculine de The Dø) à la production. Dans une veine synthétique sombre pouvant évoquer une sorte de coldwave réactualisée contrastant de manière intéressante avec la voix de la chanteuse, cet album souffrait de morceaux globalement un peu répétitifs (Lydia, Back to summer…) ou un peu bancals (Ready) qui ne nous avaient pas séduits. Be sensational avait néanmoins reçu un excellent accueil critique (et une nomination aux Victoires de la musique), et recélait également des chansons de très bonne facture (A war is coming, Night shame pride, également répétitifs… mais réussis, le très beau Look at them, ou encore Suddenly)

Qu’en est-il de ce nouvel album intitulé Radiate, qui sort aujourd’hui? Comme l’avaient laissé présager les premiers singles, Jeanne Added a effectué sa mue (« It’s unusual how I mutate » répète-t-elle d’ailleurs à l’envi dans Mutate) : elle a quitté le côté obscur et livre un album beaucoup plus lumineux. Aussi voire plus synthétique que le premier, mais dans un esprit totalement différent. La rage sombre qui transpirait parfois de Be sensational a laissé la place à une sorte d’apaisement qui irradie (« radiate » en anglais…) un album beaucoup cohérent et abouti que le premier.

Avec notamment une belle succession de titres dans la première moitié de l’album (Falling hearts, Radiate, Before the sun et Mutate), arrangements et mélodies ont beaucoup gagné en richesse depuis Be sensational, et la voix de Jeanne Added y est toujours aussi belle et expressive.

On a ici affaire à un excellent disque de pop électronique féminine, qu’on rangera donc aux côtés de ceux d’artistes tels que Austra, Lamb, Sylvan Esso, Emika ou encore Purity Ring, à cela près que Jeanne Added est probablement la meilleure chanteuse du lot, même si Lou Rhodes (de Lamb) et Katie Stelmanis (d’Austra), ont des timbres très personnels.

C’est donc avec un grand plaisir qu’on constate le long chemin parcouru par Jeanne Added depuis quatre ans, et on lui souhaite qu’il se prolonge le plus loin possible.

Info pour les Rennais : Jeanne Added sera en concert à Cesson-Sévigné le 29 novembre 2018

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Arnaud Rebotini – Arrestation (B.O. Eastern Boys)

Hier soir était diffusé sur Arte le film Eastern boys, dont la B.O. est signée Arnaud Rebotini, musicien électro (et parfois rock) œuvrant au sein duo Black Strobe, mais également sous son propre nom et, une seule fois malheureusement, sous le nom de Zend Avesta, pseudonyme sous lequel il livra en 2000 un magistral album pas du tout électronique (ni rock) sur lequel figuraient entre autres Alain Bashung et les ex-chanteuses de GusGus et d’Archive.

Depuis ce coup de force, Rebotini ne s’était plus aventuré dans le style musical ambitieux qui avait fait la marque de fabrique de son alias Zend Avesta et suscité nombre de critiques élogieuses… jusqu’à la sortie d’Eastern Boys en 2014 où à la faveur de quelques titres, et en particulier du premier (« Arrestation »), le musicien nous renvoie à ce sommet de sa carrière musicale.

 

A l’exception de cette parenthèse, on est depuis resté sans nouvelles de Zend Avesta, et ce n’est pas l’écoute des albums de Black Strobe qui nous en consolera.

 

Rodolphe Burger – Providence (album: Good)

Rodolphe Burger occupe une place un peu à part dans la musique française. L’ex prof de philo et leader de Kat Onoma a toujours fait preuve d’exigence dans son art, livrant loin des sentiers battus et de la lumière des médias des albums pas toujours faciles d’accès, mais sans concessions. Collaborateur de l’ombre pour les autres (Alain Bashung lui doit quelques titres de son album « Fantaisie militaire », élu meilleur album de ces 20 dernières années aux Victoires de la musique en 2005 après avoir raflé trois récompenses lors de sa sortie), Burger aime lui même s’entourer d’écrivains lorsqu’il s’agit de confectionner ses propres albums. Sorti en janvier, son nouvel opus s’appelle Good, titre qui résume bien cet album sur le plan qualitatif, et dans lequel le chanteur dit de sa voix profonde les mots de ses complices, dont Olivier Cadiot avec qui il collabore de longue date, à l’instar du titre Providence.

James Blake – Love me in whatever way (+critique album: The colour in anything)

Bien sûr il y a toujours cette voix bouleversante, à ranger avec celles de Patrick Watson ou d’Anohni/Antony Hegarty. Car si James Blake se classe dans la musique électronique (à la tête du mouvement post-dubstep), c’est aussi par son chant qu’il s’élève haut, très haut, survolant la masse de bon nombre de productions électro interchangeables et sans âme.

Par son chant, mais pas seulement, car le jeune prodige anglais a plus d’une corde à son piano, et se double d’une inventivité certaine face aux machines. Avec ce long (17 titres, plus de 70 minutes) nouvel opus, Blake ne déçoit pas, et écrit une nouvelle page de sa discographie, sans montrer de signe particulier d’essoufflement après la montée en puissance qui séparait son bon premier album éponyme du brillant Overgrown.

Mêlant habilement harmonies soul et bidouillages électroniques, les titres de The colour in anything oscillent entre ambiances dérangées (Points, I hope my life) et chansons piano/voix déchirantes (f.o.r.e.v.e.r, The colour in anything).

Le titre Love me in whatever way est une bonne synthèse de ces deux extrêmes :

This Mortal Coil – Another Day

This Mortal Coil était un « supergroupe » créé dans les années 80 par Ivo Watts Russell, alors patron du prestigieux label 4AD. Supergroupe au sens où This Mortal Coil était un collectif au sein duquel œuvraient les membres de différents groupes du label, tels que Cocteau Twins, Dead Can Dance, Pixies ou encore Siouxsie and the Banshees. Et aussi supergroupe au sens où… c’était un super groupe.

This Mortal Coil a livré trois albums, principalement composés de reprises. Ici, Another Day, chanson de Roy Harper datant de 1970, chantée par Elizabeth Frazer et sa voix d’ange, que ceux qui n’ont pas connu ses vocalises au sein de Cocteau Twins ont peut-être entendue ailleurs, par exemple sur le tube Teardrop de Massive Attack (oui, le morceau dont la version instrumentale a servi de générique à la série Dr House), ou sur un album de Yann Tiersen, Craig Armstrong ou Peter Gabriel.

Pantha du Prince – Frau Im Mond, Sterne Laufen (album: The triad)

A l’instar de Moderat, récemment chroniqué ici, Pantha du Prince est l’un des représentants les plus intéressant de la musique électronique berlinoise tendance house minimale. On pourrait le qualifier ironiquement de « fée clochette de l’electronica », la marque de fabrique de l’Allemand ayant toujours été d’intégrer à sa musique moult tintements enregistrés ici et là, petite manie qui connaîtra son apothéose avec l’album Elements of light paru en 2013 et réalisé en collaboration avec The Bell Laboratory, un collectif de percussionnistes norvégiens maniant les carillons de trois tonnes avec dextérité. Son successeur, paru avant l’été, est à classer dans les bonnes productions de Pantha du Prince, qui s’est adjoint les services de deux autres musiciens (dont un membre de The Bell Laboratory) pour le composer, d’où son titre : The Triad.

Apparat – Song of Los (album: The devil’s walk)

Bon point orPour faire suite à la chronique du nouvel album de Moderat, qui fut l’occasion de réaliser la totale absence sur ces pages de l’excellent Apparat (également membre de Moderat), terminons de réparer cette omission en lui consacrant un article.

Sascha Ring (alias Apparat) est depuis les années 2000 et avec sa comparse Ellen Allien, un des fers de lance de la musique électronique berlinoise (voir leur album commun Orchestra of bubbles, paru en 2006). Si cette dernière verse plutôt dans une tech/house minimale, Apparat est passé progressivement d’une musique électronique assez complexe (lorgnant plus du côté des artistes du label anglais Warp tels qu’Aphex Twin ou Autechre) à un registre plus pop, endossant progressivement le costume de chanteur en plus de celui de compositeur/producteur. C’est l’album Walls qui marque le début de cette transition, achevée avec The devil’s walk, paru en 2011, brillant album dans lequel figurent quelques pépites somptueusement mélancoliques telles que Song of los.

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