Hommage à Mark Hollis

N’ayant rien sorti depuis plus de vingt ans, l’espoir s’amenuisait… Mais désormais, c’est sûr : sauf hautement improbable sortie posthume, nous n’entendrons plus jamais de nouveau titre de Mark Hollis. Et c’est infiniment triste.

Mark Hollis : ce nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais tout le monde connait (mal) sa musique. Mark Hollis, c’est la voix si caractéristique (et la silhouette aux oreilles décollées) de Talk Talk. Et Talk Talk, ce sont au moins deux tubes planétaires : It’s my life, et Such a shame.

Des tubes honorables qui ont traversé les décennies, à l’instar (voire mieux que) d’autres tubes de la même époque d’autres groupes également dissous depuis longtemps (le Smalltown boy de Bronski Beat, le Relax de Frankie Goes to Hollywood, le Shout de Tears for Fears, le Don’t go de Yazoo, etc.), mais qui sont loin de représenter l’essence du travail de ce musicien génial mais discret.

Car ce qui différencie Talk Talk des autres groupes de synth pop des années 80, c’est qu’il n’en était pas un, comme la suite plus méconnue de la discographie du groupe et de son leader le prouvera. Après l’énorme succès de ses premiers singles, le groupe a toute liberté. Et Mark Hollis ne se prive pas d’en profiter, s’éloignant progressivement des sentiers battus (et des charts) pour livrer une musique de plus en plus expérimentale et fascinante, au grand dam de sa maison de disque qui finira par le mettre à la porte.

Pourtant, ce sont bien les deux derniers des cinq albums du groupe, intitulés respectivement Spirit of Eden et Laughing stock et passés sous les radars des hit parades au moment de leur sortie, qui poseront sans en avoir l’air les fondements du post-rock et forgeront la légende de Talk Talk, faisant de Mark Hollis une figure influente et respectée par de nombreux artistes tels que Sigur Ros, James Blake, Radiohead ou Alain Bashung.

En effet, au fil du temps et des albums, Mark Hollis délaisse l’électronique des synthétiseurs et des boite à rythmes programmées pour aller vers une musique plus acoustique et spontanée, empruntant autant au jazz et à la musique contemporaine qu’à la pop ou au rock. Le groupe enregistre des heures d’improvisations qu’Hollis décortique, déconstruit puis réassemble. Une méthode de travail reprise à la fin des années 90 par Jason Swinscoe et son Cinematic Orchestra, dont le premier album Motion peut d’ailleurs s’inscrire dans une sorte de continuité de la discographie de Talk Talk.

Mais surtout, Mark Hollis dépouille sa musique, dans une épure qui trouvera son apogée avec l’unique album solo du chanteur, sorti en 1998 avant que le musicien ne se retire du monde de la musique pour se consacrer à sa famille. Un magnifique album contemplatif, fait de longues plages musicales sur certaines desquelles Mark Hollis pose sa voix au timbre unique et si expressif, et dont les arrangements parcimonieux donnent à chaque note le temps d’exister et d’être écoutée.

Hier, Mark Hollis a rejoint le silence qui habitait ses derniers morceaux, et on se dit que vraiment, it’s a shame.

Jeanne Added – Radiate (critique album)

On avait découvert Jeanne Added à l’occasion des Transmusicales 2014, où elle était en résidence à l’Aire Libre. Elle y donnait alors ses premiers concerts dans la foulée de la sortie de son premier album solo Be sensational. Malgré son expérience (34 ans l’époque, et une déjà longue expérience en tant que violoncelliste et chanteuse de jazz), on y avait vu une Jeanne Added un peu tendue par ces premiers pas sur scène en solo, sans que cela n’enlève quoi que ce soit à son talent.

Si on avait été bluffé par sa voix, qu’elle maîtrise remarquablement bien, on avait trouvé les titres de ce premier album un peu inégaux, malgré la présence de l’excellent Dan Lévy (moitié masculine de The Dø) à la production. Dans une veine synthétique sombre pouvant évoquer une sorte de coldwave réactualisée contrastant de manière intéressante avec la voix de la chanteuse, cet album souffrait de morceaux globalement un peu répétitifs (Lydia, Back to summer…) ou un peu bancals (Ready) qui ne nous avaient pas séduits. Be sensational avait néanmoins reçu un excellent accueil critique (et une nomination aux Victoires de la musique), et recélait également des chansons de très bonne facture (A war is coming, Night shame pride, également répétitifs… mais réussis, le très beau Look at them, ou encore Suddenly)

Qu’en est-il de ce nouvel album intitulé Radiate, qui sort aujourd’hui? Comme l’avaient laissé présager les premiers singles, Jeanne Added a effectué sa mue (« It’s unusual how I mutate » répète-t-elle d’ailleurs à l’envi dans Mutate) : elle a quitté le côté obscur et livre un album beaucoup plus lumineux. Aussi voire plus synthétique que le premier, mais dans un esprit totalement différent. La rage sombre qui transpirait parfois de Be sensational a laissé la place à une sorte d’apaisement qui irradie (« radiate » en anglais…) un album beaucoup cohérent et abouti que le premier.

Avec notamment une belle succession de titres dans la première moitié de l’album (Falling hearts, Radiate, Before the sun et Mutate), arrangements et mélodies ont beaucoup gagné en richesse depuis Be sensational, et la voix de Jeanne Added y est toujours aussi belle et expressive.

On a ici affaire à un excellent disque de pop électronique féminine, qu’on rangera donc aux côtés de ceux d’artistes tels que Austra, Lamb, Sylvan Esso, Emika ou encore Purity Ring, à cela près que Jeanne Added est probablement la meilleure chanteuse du lot, même si Lou Rhodes (de Lamb) et Katie Stelmanis (d’Austra), ont des timbres très personnels.

C’est donc avec un grand plaisir qu’on constate le long chemin parcouru par Jeanne Added depuis quatre ans, et on lui souhaite qu’il se prolonge le plus loin possible.

Info pour les Rennais : Jeanne Added sera en concert à Cesson-Sévigné le 29 novembre 2018

Lali Puna – Deep dream (et autres groupes connexes du label Morr Music mais pas que)

La sortie d’un nouvel album sur le label Morr Music est généralement une bonne nouvelle. Si ce label berlinois, qui porte le nom de son fondateur Thomas Morr, n’héberge aucun artiste français contrairement à ce que le nom de certains pourrait laisser croire (« Pascal Pinon » est en réalité un duo islandais baptisé d’après le nom d’un phénomène de foire… mexicain, et « Benoit Pioulard » est le pseudonyme de l’américain Thomas Meluch), on y trouve par contre quelques artistes islandais de renom (Mùm, Soley…), ainsi que la crème de l’indie-pop allemande. La sortie du cinquième album studio de Lali Puna est ainsi l’occasion de parler d’une des nébuleuses musicales les plus fécondes outre-Rhin. Pour comprendre cette nébuleuse, rien de tel que quelques petits schémas à la sauce « théorie des ensembles ». Soient des éléments appelés « musiciens » appartenant à des ensembles musicaux appelés « groupes ». En règle générale, les groupes ont une intersection nulle. Exemple :

Autrement dit, ils n’ont aucun musicien en commun, même si en l’occurrence il eut peut-être fallu avoir des musiciens tout court pour en avoir en commun.

Dans le cas qui nous occupe, cette nébuleuse est constituée de groupes dont l’intersection est (à l’instar de leur musique) franchement pas nulle. Ils ont en effet la particularité de partager (ou d’avoir partagé) un ou plusieurs membres :

Parmi ces groupes, Lali Puna est la dernière entité à avoir sorti un album. Porté à l’origine par les deux co-compositeurs Valerie Trebeljahr (à la voix et aux claviers) et Markus Acher (guitare, basse, claviers), le groupe entérine avec Two windows le départ de ce dernier, absent de ce nouvel album. L’impact de la défection de son guitariste sur le style de Lali Puna reste néanmoins assez minime : si la musique de Two windows est très centrée sur l’électronique, la guitare était déjà assez notoirement absente de l’album précédent Our inventions. Qu’en est-il des compositions, désormais dévolues à la seule Valerie Trebeljahr ? Celle-ci s’en sort plutôt bien, à l’instar de chansons telles que Deep dream.

Et si l’album n’apporte pas forcément grand chose de nouveau par rapport à ses prédécesseurs, il est également loin de faire tache dans la discographie du groupe, même si on lui préférera probablement Faking the books.

Quant aux autres groupes de cette nébuleuse, ne manquez pas d’écouter les trop rares Ms John Soda (3 albums en 15 ans), qui donnent dans l’indie pop à guitare mâtinée d’un peu d’électronique :

…et dont la musique, malgré le fait que les deux groupes n’aient aucun membre en commun, n’est pas sans rappeler le style d’anciens titres de Lali Puna tels que celui-ci:

On appréciera également l’electronica plus ou moins contemplative de Martin Gretschmann, la tête pensante de Console :

Enfin, nous terminerons ce tour d’horizon avec la charnière centrale de cette nébuleuse musicale : The Notwist, groupe qui débuta dans la mouvance punk/métal avant de changer radicalement de style, et qui nous gratifie désormais d’une pop attachante teintée d’embardées plus expérimentales. Voici donc un extrait de leur dernier album Superheroes, Ghostvillains + Stuff datant de 2016 :

…et un autre d’un de leurs albums les plus emblématiques : Neon golden, paru en 2002, et qui fit notamment l’objet d’un concert 13 ans après sa sortie lors de l’édition 2015 de la Route du Rock (l’album y fut joué intégralement et dans l’ordre).

 

 

This Mortal Coil – Another Day

This Mortal Coil était un « supergroupe » créé dans les années 80 par Ivo Watts Russell, alors patron du prestigieux label 4AD. Supergroupe au sens où This Mortal Coil était un collectif au sein duquel œuvraient les membres de différents groupes du label, tels que Cocteau Twins, Dead Can Dance, Pixies ou encore Siouxsie and the Banshees. Et aussi supergroupe au sens où… c’était un super groupe.

This Mortal Coil a livré trois albums, principalement composés de reprises. Ici, Another Day, chanson de Roy Harper datant de 1970, chantée par Elizabeth Frazer et sa voix d’ange, que ceux qui n’ont pas connu ses vocalises au sein de Cocteau Twins ont peut-être entendue ailleurs, par exemple sur le tube Teardrop de Massive Attack (oui, le morceau dont la version instrumentale a servi de générique à la série Dr House), ou sur un album de Yann Tiersen, Craig Armstrong ou Peter Gabriel.

Apparat – Song of Los (album: The devil’s walk)

Bon point orPour faire suite à la chronique du nouvel album de Moderat, qui fut l’occasion de réaliser la totale absence sur ces pages de l’excellent Apparat (également membre de Moderat), terminons de réparer cette omission en lui consacrant un article.

Sascha Ring (alias Apparat) est depuis les années 2000 et avec sa comparse Ellen Allien, un des fers de lance de la musique électronique berlinoise (voir leur album commun Orchestra of bubbles, paru en 2006). Si cette dernière verse plutôt dans une tech/house minimale, Apparat est passé progressivement d’une musique électronique assez complexe (lorgnant plus du côté des artistes du label anglais Warp tels qu’Aphex Twin ou Autechre) à un registre plus pop, endossant progressivement le costume de chanteur en plus de celui de compositeur/producteur. C’est l’album Walls qui marque le début de cette transition, achevée avec The devil’s walk, paru en 2011, brillant album dans lequel figurent quelques pépites somptueusement mélancoliques telles que Song of los.

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Anima! – Breathe

Anima!, duo sud-africano-californien, vient de sortir son premier album, sans distribution physique il semble, du moins pas en France.

Secret encore bien gardé, ce petit bijou s’écoute (et s’achète : je vous encourage à les encourager…) sur BandCamp.

En voici un extrait:

Lamb – In binary

Lamb est un duo composé d’Andy Barlow et Lou Rhodes

Lamb mélange le trip-hop avec des éléments de jazz et de drum’n’bass

Lamb a été actif de 1996 à 2004 : 4 albums, plus un best of en guise de testament avant de disparaître, les deux membres se lançant dans des carrières solo ou des projets parallèles (restés assez confidentiels)

Lamb est réapparu vers 2010, avec une tournée suivie d’un nouvel album

Puis d’un autre en 2014, intitulé Backspace unwind

Qui est très bien

Et dont est extrait le single In binary

Ecouter sur Deezer (en version longue, avec encore plus de ce gimmick au synthé qui fait une bonne partie de la personnalité de ce morceau)

Bonus : une démo piano/voix de l’autre titre le plus marquant de l’album, As satellites go by

 

Best of : les meilleures notes de Depeche Mode

Entamée il y a 35 ans, la discographie de Depeche Mode est assez étoffée (13 albums studio, quelques singles isolés, des lives, bon nombre de remixes…) Avec 35 titres, un par année de carrière, ce qui est une totale coïncidence, ce Best of l’est donc forcément aussi. Il vise à retracer chronologiquement les meilleurs titres du groupe au fil de son histoire, sans souci d’équilibrer la répartition des titres entre les différents albums ni de se restreindre à un nombre total de titres prédéterminé.

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Le premier album de Depeche Mode, Speak and Spell, dans lequel figure leur premier tube international Just can’t get enough, sort fin 1981. Composé par Vince Clark, qui quittera le groupe peu après pour créer les éphémères Yazoo et The Assembly avant de fonder le pérenne Erasure, Speak and Spell a plutôt mal vieilli et sonne souvent très naïf, comme c’est assez souvent le cas de la musique électronique de cette époque (le Don’t go de Yazoo s’en sort d’ailleurs probablement un peu mieux). Just can’t get enough est un morceau léger au texte gnangnan qui ne doit sa présence dans ce Best of qu’au fait d’avoir été le titre qui a révélé Depeche Mode sur la scène internationale (et pour permettre à Speak and Spell de ne pas être totalement absent de cette sélection)

  • 01 – Just can’t get enough

C’est lorsque Martin Gore prend les manettes de la composition, sur le deuxième album A broken frame, que ce qui deviendra l’identité musicale du groupe commence, timidement, à émerger. Gore marche alors encore un peu dans les pas de Clarke et n’a pas encore pleinement trouvé son style. Album de transition, il comporte peu de titres inoubliables et vaut surtout pour la présence de Leave in silence.

  • 02 – Leave in Silence

Après la sortie de A broken frame, le groupe lance Get the balance right, un single qui ne figurera dans aucun album (si ce n’est une compilation de singles), mais dont la version longue est considérée par certains comme une source d’inspiration majeure de la scène techno qui prit naissance à Detroit au milieu des années 80. Et avec le recul, l’écoute de ce maxi est effectivement un peu troublante, révélant des éléments de ce qui rappellent étrangement ce que sera ce courant musical quelques années plus tard.

  • 03 – Get the balance right

Recruté pour remplacer Vince Clark, Alan Wilder commence à être impliqué dans le processus créatif lors du troisième album Construction time again. C’est à ce moment que, sous son impulsion, l’utilisation des samplers et de sonorités issues de la musique industrielle apparait dans la musique du groupe. Comme son prédécesseur, l’album est assez inégal. On en retiendra principalement le superbe single Everything counts, qui prend une ampleur supplémentaire dans sa version live (figurant sur l’album 101 paru en 1989)

  • 04 – Everything counts (live)

Cette tendance est clairement confirmée dans l’album suivant, Some great reward, qui marque le passage à la vitesse supérieure du groupe. Des titres comme People are people et Master and servant connaissent un fort succès malgré leur sonorité très particulière, et installent Depeche Mode dans la cour des grands de la new wave. L’album comporte également nombre d’autres titres intéressant, dans des registres parfois différents tels que le piano-voix Somebody, interprété par Martin Gore (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), qui confirme le talent de songwriter de ce dernier (ainsi qu’une très belle voix, sous-utilisée dans la mesure où le groupe a déjà son chanteur titulaire en la personne de Dave Gahan). Combiné à l’univers sonore élaboré par Alan Wilder, le groupe a trouvé sa formule : Depeche Mode arrive à son apogée et va le rester pendant les quelques albums suivants.

  • 05 – Lie to me
  • 06 – People are people
  • 07 – Somebody (live)
  • 08 – Master and servant
  • 09 – Blasphemous rumours

Après A great reward, Depeche Mode sort un nouveau single hors album qui est également de très bonne facture : Shake the disease.

  • 10 – Shake the disease

Suit Black Celebration, concentré de titres plus réussis les uns que les autres, dans un registre peut-être plus mélodique que l’album précédent, même si le groupe conserve sa signature sonore. La voix de Martin Gore, très complémentaire de celle de David Gahan, y trouve une plus large place, puisqu’il interprète trois titres, dont le single A question of lust, et de nombreux choeurs. En live, Martin Gore délivre une très belle version piano-voix de la chanson But not tonight, originellement chantée par Dave Gahan sur des arrangements électroniques, prouvant une fois de plus que derrière l’enrobage sonore élaboré des chansons de Depeche Mode se trouve une réelle musicalité.

  • 11 – Black celebration
  • 12 – A question of lust
  • 13 – Stripped
  • 14 – Here is the house
  • 15 – World full of nothing
  • 16 – But not tonight (live)

L’album suivant, Music for the masses, comporte également une grosse fournée de très bonnes chansons, dont un des singles emblématiques du groupe : Never let me down again.

  • 17 – Never let me down again
  • 18 – Strangelove
  • 19 – Little 15
  • 20 – Behind the wheel

Assez unanimement considéré comme leur meilleur album, Violator parait en 1990. Si le groupe commence à opérer un virage stylistique (les sonorités industrielles se font plus discrètes), il n’y a pas grand chose à jeter dans cet opus au sein duquel figure leur plus grand succès Enjoy the silence, mais aussi nombre d’autres excellents titres.

  • 21 – World in my eyes
  • 22 – Personal Jesus
  • 23 – Halo
  • 24 – Waiting for the night
  • 25 – Enjoy the silence
  • 26 – Policy of truth

L’album suivant, très attendu et intitulé Songs of faith and devotion, sort trois ans plus tard. Il marque le début d’une présence beaucoup plus forte de la guitare électrique dans l’instrumentation du groupe : le récent avènement du grunge est passé par là, sans oublier que c’est l’instrument premier de Martin Gore, qui considère Depeche Mode comme « un groupe de blues joué avec des synthétiseurs ». S’il est plus inégal que Violator, il contient néanmoins quelques réussites telles que Walking in my shoes. Cependant, il marque aussi le début de la fin de la période dorée pour Depeche Mode. En effet, pendant l’épuisante tournée qui suit la sortie du disque, le chanteur David Gahan connaît de sérieux problèmes de drogue qui créent de graves tensions au sein du groupe. S’ensuivent une tentative de suicide puis une overdose d’héroïne qui le conduisent à plusieurs reprises en cure de désintoxication. C’est également à cette période qu’Alan Wilder claque la porte, emportant avec lui toute son expertise dans le travail sur le son.

  • 27 – Walking in my shoes
  • 28 – In your room

Désormais sevré, Dave Gahan et les deux autres membres restants du groupe, à savoir l’auteur/compositeur Martin Gore et le discret Andrew Fletcher, reprennent le chemin des studios. Il en sort Ultra, un album où la présence de la guitare continue de s’affirmer au milieu des sons synthétiques. On en retiendra principalement Home, qui mélange élégamment sons synthétiques, guitare électrique et ensemble de cordes.

  • 29 – Home

Exciter suivra quelques années plus tard. Le son, de nouveau plus électronique, mais aussi plus chirurgical et minimaliste, est confié à Mark Bell (décédé depuis), membre de LFO (duo précurseur de la techno) et proche collaborateur de Björk. Avec la maturité, Dave Gahan explore également de nouvelles facettes de sa voix. Il ne force plus son côté métallique comme il a pu le faire pendant la période plus « industrielle » du groupe. Il a acquis une belle maîtrise de son chant, et ose la douceur.

  • 30 – Dream on
  • 31 – Comatose

Playing the angel sort en 2005 et marque le retour en force de la guitare électrique, plus dans la lignée d’Ultra que d’Exciter.

  • 32 – Precious
  • 33 – Damaged people

Quatre ans plus tard, Sounds of the universe lui fait suite. Le single martial Wrong est très efficace, sorte d’héritage des Master and servant ou Never let me down again, mais le reste de l’album manque de titres forts.

  • 34 – Wrong

Enfin, Delta Machine renoue un peu avec le style de l’époque du succès de Songs of faith and devotion, dans une version actualisée. La production est réussie, mais les opinions sont partagées entre ceux qui crient au réchauffé et ceux qui célèbrent le retour en forme du désormais trio. Les fans appartenant à la deuxième catégorie se réjouiront d’un titre tel que Broken, dont l’atmosphère mélancolique n’est pas si éloignée d’un Walking in my shoes.

  • 35 – Broken

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PS : la simultanéité fortuite entre la rédaction de cette chronique et la disparition de Michel Delpech rappelle à notre bon souvenir les efforts méritoires du groupe Delpech Mode pour combiner les textes des chansons de Michel Delpech aux musiques de celles de Depeche Mode, nous gratifiant d’inoubliables titres tels que Enjoy le Loir et Cher, Master et chasseur ou encore Stangelorette. Mention spéciale à Just quand j’étais chanteur, dont le clip nous remémore les improbables accoutrements de Martin Gore de la fin des années 80 (période Some great reward / Black celebration plutôt que Speak and spell dont est issu Just can’t get enough, mais on leur pardonne l’anachronisme)

 

Mercury Rev – The queen of swans (album: The light in you)

A ne pas trouver le temps d’écrire des chroniques documentées, ce blog a vu le délai entre chaque publication s’allonger significativement. Sa vocation initiale étant de faire découvrir/écouter de la musique sans forcément de disserter longuement à son sujet mieux vaut un article court que pas d’article du tout.

Cela faisait un moment (7 ans!) qu’on attendait des nouvelles de Mercury Rev. Les auteurs du magistral Deserter’s songs nous reviennent assez en forme avec un nouvel album intitulé The light in you, qui commence ainsi :

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Saycet – Mirages (acoustic version)

J’ai déjà parlé de Saycet, orfèvre de la musique électronique française injustement méconnu, à l’occasion d’un EP préludant à la sortie de son troisième album Mirages (même si on peut lui préférer son prédécesseur, Through the window, à écouter absolument). Vient de sortir un nouvel EP qui y fait suite, et qui inclut une version acoustique du titre éponyme du dernier album, l’occasion d’écouter la délicate musique du parisien dans un contexte différent de celui des machines.

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On trouve également sur le net une version live enregistrée sur un toit de Paris:

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Loup Barrow – The last journey

Loup Barrow fait un ciné-concert (film : « L’histoire sans fin ») vendredi 4 septembre à 21h30 à l’Antipode à Rennes… Bref, demain.

The last journey, dont on peut supposer qu’il ne le jouera pas demain, puisqu’il s’agit d’un ciné-concert, est un titre où il est accompagné du joueur de hang drum Manu Delago

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Sigur Ros – Glosoli (album: Takk)

En Bon point orIslande, la scène musicale de ce si petit pays (300 000 habitants) est aussi bouillonnante que ses geysers. Outre l’elfe électronique Björk, on y trouve également le groupe de post-rock Sigur Ros, dont la musique ne peut laisser insensible le jour où on la découvre. Ce que les non initiés à la voix céleste de Jonsi, le leader du groupe, vont donc avoir l’occasion de faire ici.

S’il fallait n’écouter qu’un de leurs albums, ce serait sans hésiter « Takk » (« Merci » en islandais), paru en 2005, dont voici un extrait. Mettez un casque, montez le son, et bon voyage…

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Smoke City – Underwater love

La grève à Radio France a du bon : la playlist musicale de France Info par exemple, qui se substitue aux émissions, me renvoie épisodiquement à ma propre discothèque, parfois au travers de groupes renommés tels que Portishead, parfois au travers de titres plus obscurs publiés dans les années 90 par des artistes ayant depuis longtemps disparus de la circulation, tels que le Underwater love de Smoke City, qui inaugurera donc une petite série Spéciale Grève à Radio France. Et rien que pour cela, on dit : « Merci, Mathieu Gallet ». Ca vaut bien un bureau en palissandre… (très beau bois, par ailleurs)

Smoke City est donc un groupe plutôt méconnu qui a signé deux albums d’un mélange de trip hop et de bossa nova avant de se séparer au début des années 2000 dans l’indifférence plus ou moins générale. Si le reste de l’album n’est pas forcément à la hauteur, le single Underwater love dispose d’une forte personnalité, d’un attrait particulier qui le rend diablement efficace et fait que presque vingt ans après sa sortie on le retrouve sur les ondes (perturbées) d’une radio de service public.

Et pour ne rien gâcher, le clip est signé Lynch*

*Bon, en l’occurrence il s’agit d’un certain John Lynch, pas de David, on en peut pas tout avoir…

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Björk – Stonemilker (album: Vulnicura)

Bon point argentOn avait adoré quand Björk avait sorti les violons pour nous parler de sa meilleure amie dans Joga (Homogenic – 1997)

On adore de nouveau lorsqu’elle les ressort pour nous parler de son amour perdu dans Stonemilker, premier titre de son nouvel album Vulnicura.

On aurait aussi adoré vous faire partager facilement cette magnifique chanson de cette artiste unique, malheureusement Björk ne nous facilite pas la tâche, à nous autres passeurs de musique : celle-ci a en effet refusé que son nouvel album figure sur les plateformes de streaming (ceci dit, il est vrai que la rémunération des artistes y est anecdotique), et si le titre bénéficie bien d’un clip, celui-ci est en 3D immersive est n’est visualisable qu’avec un casque Oculus Rift. Pas la peine de le chercher sur Youtube, donc, ni sur Vimeo où vous risquez d’atterrir sur un clip non-officiel (supposément de danse contemporaine, puisqu’un chorégraphe est cité dans les crédits) où un monsieur tout nu et filmé en noir et blanc se roule dans la boue et fait le poirier le zizi à l’air ce qui, disons-le tout de go, n’aide pas à se concentrer sur la beauté du chant de l’Islandaise(*)

Ne reste donc plus que Grooveshark (la plateforme de streaming qui se veut légale selon ses fondateurs, mais qui croule néanmoins sous les procès des majors) ou d’éphémères liens sur Youtube avec la pochette du disque en guise de clip.

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Et si vous voulez la voir en concert, sachez que Björk fait deux dates en France cet été, dont la Route du Rock le 15 août à Saint Malo (l’autre concert, en juillet à Lyon est déjà complet)

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(*)Allez, pour ceux qui veulent rigoler un coup, je vous mets le lien, mais je vous en conjure, si vous vous en servez pour écouter la chanson, éteignez votre écran.

Limousine – La Gaviota

On ne peut pas dire que Limousine soit célébrissime… Ni ce Limousine-là (français), ni les autres d’ailleurs, car plusieurs groupes partagent ce nom. Trois albums (instrumentaux) au compteur, en 2006, 2012 et 2014. Pour le reste, ne les connaissant moi-même pas très bien, j’assume le panaché de copier-coller ci-dessous en provenance des Inrocks et de Magic:

Deux ans avant que Poni Hoax ne devienne le meilleur groupe de rock de l’Hexagone (NDLR: c’est l’avis de Magic, qui a la fâcheuse de dégoter deux ou trois meilleurs groupes de la décennie par numéro…), le compositeur, saxophoniste et multi-instrumentiste Laurent Bardainne avait fondé Limousine en compagnie de Maxime Delpierre (guitare) et David Aknin (batterie) – issus comme lui-même d’une scène jazz trop étriquée pour leurs envies respectives de diversité et de légèreté. Interprétées avec toute la retenue et la classe d’instrumentistes chevronnés fonctionnant en symbiose, la seule chose qui soit “jazz” au sujet des neuf pièces qui composent ce magnifique deuxième album est la superbe et chaleureuse mise en son, qui produit exactement la même impression de feutré et de proximité que généraient les enregistrements du tandem Gil Evans/Miles Davis.

Non, ici tout est cinématique, volontairement, ouvertement. Passée l’agréable sensation de la première écoute, le temps de faire un clin d’œil à Brian Eno et Air réunis (Cosmos), les suivantes suggèrent qu’ il n’est pas impossible que II soit aussi un “album-devinette”, imaginé pour titiller les sens du mélomane cinéphile.

Cette musique de peu de notes se révèle hautement suggestive, d’une perversité que n’affichent pas son élégance, sa joliesse. Répétitive comme une idée noire qui tournerait dans une nuit blanche, elle dessine à force de boucles une fresque, un dédale dont la profondeur de champ vire parfois au vertige – impression d’un Sergio Leone mis en son par Godspeed You! Black Emperor. Pop-music laconique, où il faut fermer les yeux pour relier les points épars par des traits flous et colorés. Fascinant.

Fin du plagiat, place à l’écoute du premier titre du deuxième album de Limousine, sobrement (comme leur musique) intitulé « II ».

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The Cinematic Orchestra – To build a home (album: Ma fleur)

Bon point argentOn ne sait pas trop comment ça leur a pris, aux gens de la production d’une émission de télé crochet animée par Benjamin Castaldi sur D8 (la Nouvelle Star, pour ne pas la nommer)… On se demande encore par quels méandres de leurs connexions neuronales leur est venue l’idée, après avoir programmé du Michael Jackson, du Francis Cabrel et du Vanessa Paradis plus tôt dans l’émission, d’envoyer une candidate sur la piste interpréter le bouleversant To build a home de The Cinematic Orchestra (dont la version originale est portée par la voix androgyne de Patrick Watson)

Candidate qui s’en est fort bien sortie au demeurant, délivrant aux ados de la ménagère de moins de 50 ans ce petit moment de grâce.

Pour la version d’origine, ça se passe ici :


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The Notwist – Kong (critique album: Close to the glass)

Force est de reconnaître que cet album est passé hors de la couverture radar de Bonnes Notes lorsqu’il est sorti en 2014. Non que je n’aie jamais entendu parler de ce groupe allemand un peu confidentiel mais réputé qui œuvre depuis 25 ans dans des registres musicaux assez différents… En réalité, c’est peut-être justement l’hétérogénéité de leur répertoire qui m’avait tenu éloigné d’eux, n’ayant été précédemment confronté qu’à des albums hors du spectre de mes goûts (le groupe a commencé en faisant du metal/punk…), et ce à mon étonnement : en effet, une partie des membres de The Notwist a des activités musicales parallèles et participent à d’autres formations pop/electronica dont j’apprécie beaucoup le travail telles que Lali Puna, Ms John Soda ou encore Console (qui a participé à l’album Vespertine de Björk).

Même si Close to the glass n’est pas exempt de tout reproche, l’album comporte un certain nombre de titres très réussis, tels que la mélancolique ballade Casino à la guitare sèche, les électroniques Run run run et Lineri, ou encore le clin d’œil shoegaze à My Bloody Valentine 7-Hour-Drive. Histoire pour une fois de choisir un titre un peu plus « catchy », c’est finalement le single Kong, qui lorgne un peu vers un genre de britpop psychédélique, que j’ai finalement choisi pour illustrer cet article et cet album. Comme quoi, même au sein d’un seul album, les Notwist explorent une large palette sonore… Tout en sachant rester cohérents.

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Camelia Jordana – Retrograde

Je n’apprécie pas forcément plus que cela le style musical de certaines chansons du répertoire de Camelia Jordana, mais force est de reconnaître que la jeune femme a une voix incroyable. Alors quand elle reprend ce qui est probablement mon titre préféré de James Blake, cela donne cette petite merveille :

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Zend Avesta (Arnaud Rebotini) – One of these days

Bon point argentGodforsaken roads, second album du groupe Black Strobe, est sorti le 6 octobre. Black Strobe est un groupe au style hybride, qu’on pourrait qualifier d’électro-blues, et que je goûte avec modération. Disons que n’ayant pas du tout aimé leur premier album, j’ai néanmoins été agréablement surpris par le second qui, aussi intéressant qu’il soit dans sa manière de croiser les styles, ne reste pas forcément ma tasse de thé. Et si ce n’est pas du thé, mieux vaut consommer avec modération, nous dit le Ministère de la Santé. Alors pourquoi en parler? Car derrière Black Strobe se cache Arnaud Rebotini, et que cette actualité est un bon prétexte pour évoquer ce grand bonhomme (au sens propre comme au figuré) à la curiosité musicale insatiable. Outre Black Strobe, Arnaud Rebotini officie en son nom propre, sous lequel il livre d’intéressants morceaux électro enregistrés grâce à sa collection de synthés vinage, ainsi que sous le nom de Zend Avesta, pseudonyme sous lequel il a commis en 2000 un magistral (et malheureusement unique) album qui lui vaut mon estime éternelle : Organique.

Classé dans le rayon « musiques électroniques », Organique, comme son nom l’indique, n’est pourtant que très peu synthétique : pas d’ordinateur, beaucoup d’instruments classiques… C’est surtout un album très audacieux, à la frontière entre pop et musique contemporaine (John Adams, Steve Reich, Karlheinz Stockausen), et on ne voit guère que l’immense et regretté Alain Bashung, avec son album L’imprudence, pour avoir réalisé un tel mélange avec autant d’ambition et de réussite. Autre point commun entre ces deux albums : Bashung justement, qui apparait également sur Organique, posant sa voix sur le titre Mortel battement / Nocturne.

Il semble que la réalisation d’Organique ait été rendue très compliquée par le décalage entre l’ambition du projet et son budget, ce qui peut expliquer que l’expérience Zend Avesta en soit malheureusement restée là, interrompue à la faveur d’un retour aux musiques plus synthétiques (ou mâtinées de rock chez Black Strobe). Dans l’actualité musicale d’Arnaud Rebotini figure néanmoins la BO du film Eastern Boys, dans laquelle quelques titres renouent avec le style Zend Avesta : faut-il y voir une raison d’espérer? Arnaud, si tu nous lis…

En attendant ce très hypothétique retour du plus talentueux des alter-egos d’Arnaud Rebotini, écoutons One of these days, chanson extraite d’Organique sur laquelle l’ex-chanteuse de Gus Gus, Hafdis Huld, vient poser sa voix douce sur des arrangements qui ne sont pas sans rappeler des pièces de Steve Reich telles que Eight lines.

 

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My brightest diamond – This is my hand / Looking at the sun

Le nouvel album de My Brightest Diamond est certainement une des perles de cette rentrée. L’américaine, seule et unique membre du « groupe », s’était imaginée au moment de la génèse de cet album s’adjoindre les services d’une fanfare pour ses prochains concerts, ce qui ne présageait rien de bon (en tout cas pour quelqu’un d’aussi peu féru de cuivres que moi). Au final, This is my hand a effectivement recours entre autres à des cuivres, mais utilisés à bon escient et avec suffisamment de retenue dans le dosage… L’album mélange sonorités acoustiques et électroniques de belle manière, le tout au service de la toujours soyeuse voix de Shara Worden, dont cette cinquième livraison ne déçoit pas.

Puisque c’est le principe de ce blog, nous arrivons au moment critique du titre à écouter. N’ayant pas réussi à choisir entre deux extraits assez différents mais tout aussi intéressants de ce nouveau disque, vous en aurez exceptionnellement deux pour le prix d’un: oui, vous avez bien entendu, approchez mesdames messieurs, c’est cadeau…

Tout d’abord, This is my hand, titre qui donne son nom à l’album et premier single:

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Et maintenant, voici Looking at the sun:

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