James Blake – Love me in whatever way (+critique album: The colour in anything)

Bien sûr il y a toujours cette voix bouleversante, à ranger avec celles de Patrick Watson ou d’Anohni/Antony Hegarty. Car si James Blake se classe dans la musique électronique (à la tête du mouvement post-dubstep), c’est aussi par son chant qu’il s’élève haut, très haut, survolant la masse de bon nombre de productions électro interchangeables et sans âme.

Par son chant, mais pas seulement, car le jeune prodige anglais a plus d’une corde à son piano, et se double d’une inventivité certaine face aux machines. Avec ce long (17 titres, plus de 70 minutes) nouvel opus, Blake ne déçoit pas, et écrit une nouvelle page de sa discographie, sans montrer de signe particulier d’essoufflement après la montée en puissance qui séparait son bon premier album éponyme du brillant Overgrown.

Mêlant habilement harmonies soul et bidouillages électroniques, les titres de The colour in anything oscillent entre ambiances dérangées (Points, I hope my life) et chansons piano/voix déchirantes (f.o.r.e.v.e.r, The colour in anything).

Le titre Love me in whatever way est une bonne synthèse de ces deux extrêmes :

This Mortal Coil – Another Day

This Mortal Coil était un « supergroupe » créé dans les années 80 par Ivo Watts Russell, alors patron du prestigieux label 4AD. Supergroupe au sens où This Mortal Coil était un collectif au sein duquel œuvraient les membres de différents groupes du label, tels que Cocteau Twins, Dead Can Dance, Pixies ou encore Siouxsie and the Banshees. Et aussi supergroupe au sens où… c’était un super groupe.

This Mortal Coil a livré trois albums, principalement composés de reprises. Ici, Another Day, chanson de Roy Harper datant de 1970, chantée par Elizabeth Frazer et sa voix d’ange, que ceux qui n’ont pas connu ses vocalises au sein de Cocteau Twins ont peut-être entendue ailleurs, par exemple sur le tube Teardrop de Massive Attack (oui, le morceau dont la version instrumentale a servi de générique à la série Dr House), ou sur un album de Yann Tiersen, Craig Armstrong ou Peter Gabriel.

Pantha du Prince – Frau Im Mond, Sterne Laufen (album: The triad)

A l’instar de Moderat, récemment chroniqué ici, Pantha du Prince est l’un des représentants les plus intéressant de la musique électronique berlinoise tendance house minimale. On pourrait le qualifier ironiquement de « fée clochette de l’electronica », la marque de fabrique de l’Allemand ayant toujours été d’intégrer à sa musique moult tintements enregistrés ici et là, petite manie qui connaîtra son apothéose avec l’album Elements of light paru en 2013 et réalisé en collaboration avec The Bell Laboratory, un collectif de percussionnistes norvégiens maniant les carillons de trois tonnes avec dextérité. Son successeur, paru avant l’été, est à classer dans les bonnes productions de Pantha du Prince, qui s’est adjoint les services de deux autres musiciens (dont un membre de The Bell Laboratory) pour le composer, d’où son titre : The Triad.

Apparat – Song of Los (album: The devil’s walk)

Bon point orPour faire suite à la chronique du nouvel album de Moderat, qui fut l’occasion de réaliser la totale absence sur ces pages de l’excellent Apparat (également membre de Moderat), terminons de réparer cette omission en lui consacrant un article.

Sascha Ring (alias Apparat) est depuis les années 2000 et avec sa comparse Ellen Allien, un des fers de lance de la musique électronique berlinoise (voir leur album commun Orchestra of bubbles, paru en 2006). Si cette dernière verse plutôt dans une tech/house minimale, Apparat est passé progressivement d’une musique électronique assez complexe (lorgnant plus du côté des artistes du label anglais Warp tels qu’Aphex Twin ou Autechre) à un registre plus pop, endossant progressivement le costume de chanteur en plus de celui de compositeur/producteur. C’est l’album Walls qui marque le début de cette transition, achevée avec The devil’s walk, paru en 2011, brillant album dans lequel figurent quelques pépites somptueusement mélancoliques telles que Song of los.

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Moderat – Bad kingdom

Bon point argentJe réalise avec horreur à l’occasion de la sortie du troisième et apparemment ultime opus de Moderat que je n’en ai jamais parlé ici, ni d’ailleurs d’Apparat, une des deux moitiés de ce trio (je vais m’expliquer sans tarder sur cette étrange conception des mathématiques)

Moderat est effectivement une sorte de duo qui rassemble deux entités : Modselektor, lui-même constitué d’un duo, et Apparat, constitué de Sascha Ring tout seul. Bref, Modselektor + Apparat = Moderat, et au total ils sont trois. Et font partie de la crème de la scène électronique berlinoise.

En parallèle de leurs carrières respectives, ces artistes ont donc décidé de faire cause commune le temps d’une trilogie dont le dernier chapitre vient donc de sortir. Plutôt que de se creuser la tête à trouver des titres à leurs albums (nommés Moderat, II et III), les trois acolytes ont préféré se concentrer sur la musique… Du coup, difficile de recommander un album plus qu’un autre, la qualité étant au rendez-vous du début à la fin. Toujours pourra-t-on noter que l’évolution de Moderat a suivi celle d’Apparat qui, de DJ/producteur à ses début (dans une veine glitch/IDM de la lignée des Aphex Twin), s’est progressivement tourné vers le chant et des formats plus pop. Alors que le premier Moderat est donc très instrumental, les suivants voient la voix de Sascha Ring prendre une place croissante.

Difficile aussi de choisir un titre, mais c’est finalement Bad kingdom, extrait de II, qui coiffe Reminder (extrait de III) au poteau. On citera également comme autres très bons titres : Seamonkey et Nasty silence sur Moderat, Therapy sur II, et Intruder sur III.

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Benjamin Biolay – La débandade (album: Palermo hollywood)

Après le disciple (Marvin Jouno, voir article précédent), le maître : Benjamin Biolay revient avec un nouvel album intitulé Palermo hollywood.

Rappel des faits : il est toujours difficile de donner suite à un chef d’œuvre, et La vengeance, bon album dans l’absolu, avait pu décevoir tant Benjamin Biolay avait placé la barre haut avec sa précédente livraison, bien nommée La superbe. L’on se demandait donc de quel niveau serait ce nouvel album, après la parenthèse hommage à Trenet. Biolay allait-il retrouver les cimes ou La superbe n’était-il qu’un artefact dans une discographie par ailleurs plus qu’honorable? La réponse est vraisemblablement entre les deux : sans égaler le quasi-indétrônable La superbe, il est néanmoins plus inspiré et cohérent que La vengeance, marquant un retour en forme du chanteur. Biolay y a bien digéré les influences musicales du pays qui l’a hébergé pendant la réalisation de cette album (l’Argentine), apportant avec réussite une coloration latino-américaine inédite dans sa discographie.

La débandade, pertinemment choisi comme un des singles de l’album, en est un exemple.

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Note d’information : le premier album de Camp Claude, dont le titre Hurricanes a été chroniqué ici, est désormais disponible et est plutôt réussi. On se demandera juste ce qui a pu pousser le groupe à refaire le mixage de ce titre entre-temps : la version incluse dans l’album y est en effet moins bien que celle d’origine, amputée de sa basse sur tout le morceau ainsi que de sa texture de guitare très « dream pop » (Cocteau Twins…) en fin de morceau. Étrange et un peu décevant, cette chanson étant (ou ayant pu être…) un des meilleurs titres de l’album.

Marvin Jouno – Quitte à me quitter (album: Intérieur nuit)

On ne peut évidemment pas ne pas penser à Benjamin Biolay à l’écoute de ce premier album de Marvin Jouno. A cause du chant bien sûr (même façon de laisser mourir les notes sur vibrato un peu tendu), mais aussi au niveau de l’écriture et du style. Alors bien sûr, on pourra dire que Marvin Jouno n’est qu’un clone et n’a rien inventé. Certes, les territoires sur lesquels nous emmène son premier album Intérieur nuit ne sont pas totalement inconnus, mais ne fait pas du Biolay qui veut : encore faut-il avoir suffisamment de talent pour cela, et Marvin Jouno ne semble pas en manquer. Il ne lui reste plus qu’à affirmer un peu plus son propre style.


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