Hommage à Mark Hollis

N’ayant rien sorti depuis plus de vingt ans, l’espoir s’amenuisait… Mais désormais, c’est sûr : sauf hautement improbable sortie posthume, nous n’entendrons plus jamais de nouveau titre de Mark Hollis. Et c’est infiniment triste.

Mark Hollis : ce nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais tout le monde connait (mal) sa musique. Mark Hollis, c’est la voix si caractéristique (et la silhouette aux oreilles décollées) de Talk Talk. Et Talk Talk, ce sont au moins deux tubes planétaires : It’s my life, et Such a shame.

Des tubes honorables qui ont traversé les décennies, à l’instar (voire mieux que) d’autres tubes de la même époque d’autres groupes également dissous depuis longtemps (le Smalltown boy de Bronski Beat, le Relax de Frankie Goes to Hollywood, le Shout de Tears for Fears, le Don’t go de Yazoo, etc.), mais qui sont loin de représenter l’essence du travail de ce musicien génial mais discret.

Car ce qui différencie Talk Talk des autres groupes de synth pop des années 80, c’est qu’il n’en était pas un, comme la suite plus méconnue de la discographie du groupe et de son leader le prouvera. Après l’énorme succès de ses premiers singles, le groupe a toute liberté. Et Mark Hollis ne se prive pas d’en profiter, s’éloignant progressivement des sentiers battus (et des charts) pour livrer une musique de plus en plus expérimentale et fascinante, au grand dam de sa maison de disque qui finira par le mettre à la porte.

Pourtant, ce sont bien les deux derniers des cinq albums du groupe, intitulés respectivement Spirit of Eden et Laughing stock et passés sous les radars des hit parades au moment de leur sortie, qui poseront sans en avoir l’air les fondements du post-rock et forgeront la légende de Talk Talk, faisant de Mark Hollis une figure influente et respectée par de nombreux artistes tels que Sigur Ros, James Blake, Radiohead ou Alain Bashung.

En effet, au fil du temps et des albums, Mark Hollis délaisse l’électronique des synthétiseurs et des boite à rythmes programmées pour aller vers une musique plus acoustique et spontanée, empruntant autant au jazz et à la musique contemporaine qu’à la pop ou au rock. Le groupe enregistre des heures d’improvisations qu’Hollis décortique, déconstruit puis réassemble. Une méthode de travail reprise à la fin des années 90 par Jason Swinscoe et son Cinematic Orchestra, dont le premier album Motion peut d’ailleurs s’inscrire dans une sorte de continuité de la discographie de Talk Talk.

Mais surtout, Mark Hollis dépouille sa musique, dans une épure qui trouvera son apogée avec l’unique album solo du chanteur, sorti en 1998 avant que le musicien ne se retire du monde de la musique pour se consacrer à sa famille. Un magnifique album contemplatif, fait de longues plages musicales sur certaines desquelles Mark Hollis pose sa voix au timbre unique et si expressif, et dont les arrangements parcimonieux donnent à chaque note le temps d’exister et d’être écoutée.

Hier, Mark Hollis a rejoint le silence qui habitait ses derniers morceaux, et on se dit que vraiment, it’s a shame.

Low – Always trying to work it out [Critique album: Double Negative]

Vingt cinq ans après leur formation puis la sortie de leur premier album I could live in hope et ses notes suspendues, Low continue de fasciner. En témoigne ce nouvel album, Double negative, où les inventeurs à leur corps défendant du « slowcore », sorte de rock minimaliste au tempo très lent, parviennent à se renouveler. Après avoir initié un style auquel ils se conformeront pendant une décennie, leur musique va peu à peu évoluer avec l’introduction d’instruments autres que le trio guitare/basse/batterie, et l’augmentation ponctuelle du tempo sur certains titres plus enjoués (toutes proportions gardées). Low marque une rupture stylistique plus franche en 2015 avec l’avant-dernier album Ones and sixes, qui voit l’utilisation plus massive de l’électronique dans la musique du groupe, même si celle-ci avait déjà fait quelques incursions dans leur discographie antérieure (Drums and guns – 2007). Ce nouvel opus Double negative est l’aboutissement réussi de cette mue, où la batterie acoustique a quasiment disparu et où guitare et basse se font discrètes, noyées dans les traitements électroniques.

Le groupe n’a jamais particulièrement cherché à faire des albums accrocheurs, et cette nouvelle livraison n’en est que la confirmation. A la manière de Portishead (en plus prolifique) qui a fait fi de la popularité pour livrer des disques de plus en plus hermétiques et sans concessions, Low va au bout de la route qu’il s’est tracée et produit un album extrême, mais extrêmement intéressant.

Si Ones and sixes était un également un album réussi mais plus immédiatement plaisant, Double negative en est le double obscur. Il fait écho à son prédécesseur, tel une ombre projetée distordue par les traitements infligés aux morceaux en post-production. On pense au Consumed de Plastikman ou au Loveless de My bloody Valentine pour le jusqu’au boutisme de la démarche, menant à des albums ardus dont la beauté aride ne se révèle pleinement que lorsqu’on prend le temps d’apprendre à en apprécier les richesses.

Bien que Double negative comporte des morceaux extrêmes à la limite du bruitisme tels que Quorum ou Tempest, on y trouve également des titres plus aériens comme Fly ou Always trying to work it out. Mises ensemble, ces chansons constituent une nouvelle pierre, diamant noir aux reflets parfois lumineux, qui vient couronner l’édifice déjà imposant que représente la discographie des mormons du Minnesota. A écouter et à réécouter…

Jeanne Added – Radiate (critique album)

On avait découvert Jeanne Added à l’occasion des Transmusicales 2014, où elle était en résidence à l’Aire Libre. Elle y donnait alors ses premiers concerts dans la foulée de la sortie de son premier album solo Be sensational. Malgré son expérience (34 ans l’époque, et une déjà longue expérience en tant que violoncelliste et chanteuse de jazz), on y avait vu une Jeanne Added un peu tendue par ces premiers pas sur scène en solo, sans que cela n’enlève quoi que ce soit à son talent.

Si on avait été bluffé par sa voix, qu’elle maîtrise remarquablement bien, on avait trouvé les titres de ce premier album un peu inégaux, malgré la présence de l’excellent Dan Lévy (moitié masculine de The Dø) à la production. Dans une veine synthétique sombre pouvant évoquer une sorte de coldwave réactualisée contrastant de manière intéressante avec la voix de la chanteuse, cet album souffrait de morceaux globalement un peu répétitifs (Lydia, Back to summer…) ou un peu bancals (Ready) qui ne nous avaient pas séduits. Be sensational avait néanmoins reçu un excellent accueil critique (et une nomination aux Victoires de la musique), et recélait également des chansons de très bonne facture (A war is coming, Night shame pride, également répétitifs… mais réussis, le très beau Look at them, ou encore Suddenly)

Qu’en est-il de ce nouvel album intitulé Radiate, qui sort aujourd’hui? Comme l’avaient laissé présager les premiers singles, Jeanne Added a effectué sa mue (« It’s unusual how I mutate » répète-t-elle d’ailleurs à l’envi dans Mutate) : elle a quitté le côté obscur et livre un album beaucoup plus lumineux. Aussi voire plus synthétique que le premier, mais dans un esprit totalement différent. La rage sombre qui transpirait parfois de Be sensational a laissé la place à une sorte d’apaisement qui irradie (« radiate » en anglais…) un album beaucoup cohérent et abouti que le premier.

Avec notamment une belle succession de titres dans la première moitié de l’album (Falling hearts, Radiate, Before the sun et Mutate), arrangements et mélodies ont beaucoup gagné en richesse depuis Be sensational, et la voix de Jeanne Added y est toujours aussi belle et expressive.

On a ici affaire à un excellent disque de pop électronique féminine, qu’on rangera donc aux côtés de ceux d’artistes tels que Austra, Lamb, Sylvan Esso, Emika ou encore Purity Ring, à cela près que Jeanne Added est probablement la meilleure chanteuse du lot, même si Lou Rhodes (de Lamb) et Katie Stelmanis (d’Austra), ont des timbres très personnels.

C’est donc avec un grand plaisir qu’on constate le long chemin parcouru par Jeanne Added depuis quatre ans, et on lui souhaite qu’il se prolonge le plus loin possible.

Info pour les Rennais : Jeanne Added sera en concert à Cesson-Sévigné le 29 novembre 2018

Feu! Chatterton – L’ivresse (critique album: L’oiseleur)

On l’avoue volontiers : on n’avait pas forcément partagé l’enthousiasme autour de Feu! Chatterton à leur apparition. Non pas qu’on  trouvât qu’ils fussent mauvais, mais on était un peu agacé par le phrasé emphatique et grandiloquent du chanteur, qui contribuait à donner à l’ensemble un côté boursouflé et légèrement prétentieux, un peu comme un chroniqueur musical qui mettrait des imparfaits du subjonctif dans une critique d’album… Dans la veine « rock français avec des ambitions littéraires » de ces quelques groupes assez jeunes qui poursuivent le sillon creusé par Noir Désir, on leur préférait les moins tape-à-l’oeil Radio Elvis.

Ce deuxième album, L’oiseleur, nous fait réviser notre jugement. Certes le style vocal d’Arthur Teboul n’a pas complètement changé et fait de toute façon partie intégrante de la signature du groupe, mais peut-être a-t-on fini par s’y habituer. Et puis surtout, quelle progression! On ne peut que reconnaître la qualité des musiques, et notamment le soin porté aux arrangements qui confèrent à l’album un côté à la fois vintage et classieux, pouvant évoquer dans une certaine mesure les anglais de Tindersticks. Les textes ne sont pas en reste, même si certains ont été empruntés à des poètes célèbres. Même si le style et la voix diffèrent, on pourra aussi voir une filiation avec feu (!) Alain Bashung au regard du sentiment d’exigence dans l’écriture comme dans la production qui se dégage de cet album. Bref, Feu! Chatterton a parfaitement réussi sa montée en gamme, comme en témoignent des titres tels que Je ne te vois plus, Tes yeux verts ou encore Sari d’orcino.

 

Orelsan – San / Notes pour trop tard (critique album « La fête est finie »)

Mon premier n’est pas terrible.

Mon second n’est pas mal.

Mon troisième est excellent.

Mon tout est…

…la discographie d’Orelsan.

Eh oui, tout arrive : deux fois du rap en huit jours sur ce blog, alors qu’il n’en a en gros jamais été question en 6 ans d’existence… et qui plus est, deux artistes récompensés aux Victoires de la musique, cérémonie plutôt mainstream qui a distingué par quatre fois Michel Sardou.

Toujours est-il que Tout va bien pour Orelsan, récompensé de trois Victoires, dont celle de « Meilleur album de musiques urbaines » pour son nouvel opus La fête est finie : la récompense est amplement méritée pour ce qu’on pourra qualifier, pour une fois sans rire, d’ « Album de la maturité ». Orelsan a 35 ans et a passé l’âge d’être un jeune con. C’est en substance l’état d’esprit de ce troisième album qui place la barre assez haut : une première partie enchaînant des titres forts, du San introductif,

interprété en live lors de la cérémonie, au grinçant Défaite de famille, en passant par les deux singles très différents que sont Basique (et son clip très réussi, également récompensé d’une Victoire) et Tout va bien, sur lequel Stromae est crédité pour la musique (ce qui s’entend) et dont on aurait presque cru reconnaître la patte sur le texte également, dans une veine « faisons semblant que tout va bien alors qu’en fait tout va mal » que l’auteur d’Alors on danse n’aurait probablement pas renié. Après une petite parenthèse rigolote (Bonne meuf), l’album se poursuit, un peu moins tambour battant, mais en restant de très bonne facture, pour s’achever en beauté sur un Notes pour trop tard, longue litanie de conseils d’un ex-ado en souffrance à un ado en souffrance, avec Ibeyi en featuring.

On notera au passage la qualité des musiques de son comparse Skread, qui aura probablement contribué à faire remporter à Orelsan la Victoire de l’Artiste masculin de l’année.

Gaël Faye – Qwerty

Une sorte de « J’aurais voulu être un artiste » version rap par Gaël Faye, musicien franco-rwandais (primé le weekend dernier aux Victoires de la musique) et par ailleurs écrivain (lauréat du Goncourt des lycéens il y a deux ans).

Ayant été récompensé de la Victoire « révélation scène », voici une version live de Qwerty à la Maroquinerie :

…la captation n’étant pas extraordinaire, la version studio de ce titre est écoutable ici:

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Lali Puna – Deep dream (et autres groupes connexes du label Morr Music mais pas que)

La sortie d’un nouvel album sur le label Morr Music est généralement une bonne nouvelle. Si ce label berlinois, qui porte le nom de son fondateur Thomas Morr, n’héberge aucun artiste français contrairement à ce que le nom de certains pourrait laisser croire (« Pascal Pinon » est en réalité un duo islandais baptisé d’après le nom d’un phénomène de foire… mexicain, et « Benoit Pioulard » est le pseudonyme de l’américain Thomas Meluch), on y trouve par contre quelques artistes islandais de renom (Mùm, Soley…), ainsi que la crème de l’indie-pop allemande. La sortie du cinquième album studio de Lali Puna est ainsi l’occasion de parler d’une des nébuleuses musicales les plus fécondes outre-Rhin. Pour comprendre cette nébuleuse, rien de tel que quelques petits schémas à la sauce « théorie des ensembles ». Soient des éléments appelés « musiciens » appartenant à des ensembles musicaux appelés « groupes ». En règle générale, les groupes ont une intersection nulle. Exemple :

Autrement dit, ils n’ont aucun musicien en commun, même si en l’occurrence il eut peut-être fallu avoir des musiciens tout court pour en avoir en commun.

Dans le cas qui nous occupe, cette nébuleuse est constituée de groupes dont l’intersection est (à l’instar de leur musique) franchement pas nulle. Ils ont en effet la particularité de partager (ou d’avoir partagé) un ou plusieurs membres :

Parmi ces groupes, Lali Puna est la dernière entité à avoir sorti un album. Porté à l’origine par les deux co-compositeurs Valerie Trebeljahr (à la voix et aux claviers) et Markus Acher (guitare, basse, claviers), le groupe entérine avec Two windows le départ de ce dernier, absent de ce nouvel album. L’impact de la défection de son guitariste sur le style de Lali Puna reste néanmoins assez minime : si la musique de Two windows est très centrée sur l’électronique, la guitare était déjà assez notoirement absente de l’album précédent Our inventions. Qu’en est-il des compositions, désormais dévolues à la seule Valerie Trebeljahr ? Celle-ci s’en sort plutôt bien, à l’instar de chansons telles que Deep dream.

Et si l’album n’apporte pas forcément grand chose de nouveau par rapport à ses prédécesseurs, il est également loin de faire tache dans la discographie du groupe, même si on lui préférera probablement Faking the books.

Quant aux autres groupes de cette nébuleuse, ne manquez pas d’écouter les trop rares Ms John Soda (3 albums en 15 ans), qui donnent dans l’indie pop à guitare mâtinée d’un peu d’électronique :

…et dont la musique, malgré le fait que les deux groupes n’aient aucun membre en commun, n’est pas sans rappeler le style d’anciens titres de Lali Puna tels que celui-ci:

On appréciera également l’electronica plus ou moins contemplative de Martin Gretschmann, la tête pensante de Console :

Enfin, nous terminerons ce tour d’horizon avec la charnière centrale de cette nébuleuse musicale : The Notwist, groupe qui débuta dans la mouvance punk/métal avant de changer radicalement de style, et qui nous gratifie désormais d’une pop attachante teintée d’embardées plus expérimentales. Voici donc un extrait de leur dernier album Superheroes, Ghostvillains + Stuff datant de 2016 :

…et un autre d’un de leurs albums les plus emblématiques : Neon golden, paru en 2002, et qui fit notamment l’objet d’un concert 13 ans après sa sortie lors de l’édition 2015 de la Route du Rock (l’album y fut joué intégralement et dans l’ordre).

 

 

Camille – Fontaine de lait (critique album: Ouï)

Il est des artistes précieux dont on se réjouit d’avoir des nouvelles, lorsqu’après quelques années de silence parait enfin un nouvel album. Camille est de celles-là.

Son nouvel opus, le cinquième d’une carrière démarrée il y a maintenant 15 ans, s’intitule « Ouï » et ne déçoit pas. Presque entièrement réalisé à quatre mains (ou plutôt à une voix et deux mains…) par la chanteuse et son compagnon, l’album renoue avec les arrangements essentiellement basés sur la voix et les percussions qu’elle avait un peu délaissés sur « Ilo Veyou » au profit d’instruments à cordes pincées (guitare, contrebasse…)

Souvent considérée comme une sorte de Björk française pour sa capacité à innover, Camille suscite le même genre d’attente que la diva islandaise : qu’elle se réinvente à chaque nouvel album. Si « Ouï » n’est plus aussi révolutionnaire qu’a pu l’être « Le fil » en son temps (mais fut-il sorti avant « Le fil » qu’il l’aurait été tout autant), Camille creuse néanmoins son sillon tout en apportant une certaine nouveauté à travers un travail sur les sonorités des mots, entrelaçant les phrases et jouant avec les homophonies. L’électronique y fait également une entrée discrète.

L’album ne souffre quasiment d’aucun temps faible, et nombre de titres sont redoutablement réussis, trouvant le parfait équilibre entre efficacité et émotion à fleur de peau, le tout en explorant différents styles : du titre typiquement « Camillien » (« Sous le sable »), à de la chanson plus pop interprétée en anglais (le single « Seeds ») en passant par la musique traditionnelle (« Les loups », « Twix »).

Nous ne sommes qu’à la mi-2017, mais la barre est désormais placée très haut pour disputer à « Ouï » la place de meilleur album de chanson française de l’année : le seul reproche qu’on puisse finalement faire à ce disque est sa brièveté, les 11 morceaux ne s’étalant que sur 32 petites minutes. Mais peut-être valait-il mieux s’en tenir à cela que d’inclure des titres plus faibles à la seule fin de respecter les standards de durée d’un album : on n’en voudra donc pas à Camille d’avoir privilégié la qualité à la quantité.

Fragments – Echoes (album: Imaginary seas)

Il arrive parfois que les algorithmes des services de streaming du style « Si vous aimez Machin, vous aimerez Truc » produisent des résultats pertinents et permettent de découvrir un Truc qu’on ne connaissait pas et qui se révèle égaler ce que fait Machin. C’est ainsi qu’à l’écoute d’on ne sait plus trop qui que l’on aimait bien (Apparat? Saycet? Kiasmos?) on s’était vu proposer le nom de Fragments, groupe qui mêle avec talent electronica mélancolique et post-rock. La musique du trio, instrumentale, évoque donc celle des sus-nommés, mâtinée d’une touche de Mogwai ou de Sigur Ros.

Pour preuve, ce titre: Echoes, qui après chaque écoute de leur premier album Imaginary seas, nous hante un bon moment.

Fragments sera en concert à Rennes, ville de naissance du groupe, le samedi 29 avril au 1988 Live Club.

James Blake – Love me in whatever way (+critique album: The colour in anything)

Bien sûr il y a toujours cette voix bouleversante, à ranger avec celles de Patrick Watson ou d’Anohni/Antony Hegarty. Car si James Blake se classe dans la musique électronique (à la tête du mouvement post-dubstep), c’est aussi par son chant qu’il s’élève haut, très haut, survolant la masse de bon nombre de productions électro interchangeables et sans âme.

Par son chant, mais pas seulement, car le jeune prodige anglais a plus d’une corde à son piano, et se double d’une inventivité certaine face aux machines. Avec ce long (17 titres, plus de 70 minutes) nouvel opus, Blake ne déçoit pas, et écrit une nouvelle page de sa discographie, sans montrer de signe particulier d’essoufflement après la montée en puissance qui séparait son bon premier album éponyme du brillant Overgrown.

Mêlant habilement harmonies soul et bidouillages électroniques, les titres de The colour in anything oscillent entre ambiances dérangées (Points, I hope my life) et chansons piano/voix déchirantes (f.o.r.e.v.e.r, The colour in anything).

Le titre Love me in whatever way est une bonne synthèse de ces deux extrêmes :

Pantha du Prince – Frau Im Mond, Sterne Laufen (album: The triad)

A l’instar de Moderat, récemment chroniqué ici, Pantha du Prince est l’un des représentants les plus intéressant de la musique électronique berlinoise tendance house minimale. On pourrait le qualifier ironiquement de « fée clochette de l’electronica », la marque de fabrique de l’Allemand ayant toujours été d’intégrer à sa musique moult tintements enregistrés ici et là, petite manie qui connaîtra son apothéose avec l’album Elements of light paru en 2013 et réalisé en collaboration avec The Bell Laboratory, un collectif de percussionnistes norvégiens maniant les carillons de trois tonnes avec dextérité. Son successeur, paru avant l’été, est à classer dans les bonnes productions de Pantha du Prince, qui s’est adjoint les services de deux autres musiciens (dont un membre de The Bell Laboratory) pour le composer, d’où son titre : The Triad.

Moderat – Bad kingdom

Bon point argentJe réalise avec horreur à l’occasion de la sortie du troisième et apparemment ultime opus de Moderat que je n’en ai jamais parlé ici, ni d’ailleurs d’Apparat, une des deux moitiés de ce trio (je vais m’expliquer sans tarder sur cette étrange conception des mathématiques)

Moderat est effectivement une sorte de duo qui rassemble deux entités : Modselektor, lui-même constitué d’un duo, et Apparat, constitué de Sascha Ring tout seul. Bref, Modselektor + Apparat = Moderat, et au total ils sont trois. Et font partie de la crème de la scène électronique berlinoise.

En parallèle de leurs carrières respectives, ces artistes ont donc décidé de faire cause commune le temps d’une trilogie dont le dernier chapitre vient donc de sortir. Plutôt que de se creuser la tête à trouver des titres à leurs albums (nommés Moderat, II et III), les trois acolytes ont préféré se concentrer sur la musique… Du coup, difficile de recommander un album plus qu’un autre, la qualité étant au rendez-vous du début à la fin. Toujours pourra-t-on noter que l’évolution de Moderat a suivi celle d’Apparat qui, de DJ/producteur à ses début (dans une veine glitch/IDM de la lignée des Aphex Twin), s’est progressivement tourné vers le chant et des formats plus pop. Alors que le premier Moderat est donc très instrumental, les suivants voient la voix de Sascha Ring prendre une place croissante.

Difficile aussi de choisir un titre, mais c’est finalement Bad kingdom, extrait de II, qui coiffe Reminder (extrait de III) au poteau. On citera également comme autres très bons titres : Seamonkey et Nasty silence sur Moderat, Therapy sur II, et Intruder sur III.

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Benjamin Biolay – La débandade (album: Palermo hollywood)

Après le disciple (Marvin Jouno, voir article précédent), le maître : Benjamin Biolay revient avec un nouvel album intitulé Palermo hollywood.

Rappel des faits : il est toujours difficile de donner suite à un chef d’œuvre, et La vengeance, bon album dans l’absolu, avait pu décevoir tant Benjamin Biolay avait placé la barre haut avec sa précédente livraison, bien nommée La superbe. L’on se demandait donc de quel niveau serait ce nouvel album, après la parenthèse hommage à Trenet. Biolay allait-il retrouver les cimes ou La superbe n’était-il qu’un artefact dans une discographie par ailleurs plus qu’honorable? La réponse est vraisemblablement entre les deux : sans égaler le quasi-indétrônable La superbe, il est néanmoins plus inspiré et cohérent que La vengeance, marquant un retour en forme du chanteur. Biolay y a bien digéré les influences musicales du pays qui l’a hébergé pendant la réalisation de cette album (l’Argentine), apportant avec réussite une coloration latino-américaine inédite dans sa discographie.

La débandade, pertinemment choisi comme un des singles de l’album, en est un exemple.

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Note d’information : le premier album de Camp Claude, dont le titre Hurricanes a été chroniqué ici, est désormais disponible et est plutôt réussi. On se demandera juste ce qui a pu pousser le groupe à refaire le mixage de ce titre entre-temps : la version incluse dans l’album y est en effet moins bien que celle d’origine, amputée de sa basse sur tout le morceau ainsi que de sa texture de guitare très « dream pop » (Cocteau Twins…) en fin de morceau. Étrange et un peu décevant, cette chanson étant (ou ayant pu être…) un des meilleurs titres de l’album.

Dominique A – Au revoir mon amour

J’ai dû mal entendre : vendredi dernier sur France Télévisions, la Victoire de l’artiste masculin de l’année n’a pas pu échapper à Dominique A alors qu’il était opposé à Kendji Girac et Vianney, et qu’il venait d’interpréter la si jolie chanson Au revoir mon amour extraite de son de son dernier album Eléor. Si? Ah…

Alors, seconde hypothèse : le jury doit mal entendre

Je rassure ceux qui n’ont pas regardé la cérémonie, Kendji Girac n’a pas gagné non plus, l’honneur est sauf, c’est un moindre mal. Mais quand même, si Vianney est un jeune chanteur plutôt sympathique, il n’y a quand même pas photo entre « Pas là, pas là, mais t’es pas là, mais t’es où, pas là, mais t’es pas là, mais t’es où, pas là, mais t’es pas là, mais t’es où? » et ça :

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Heureusement que Dominique A s’était vengé par avance de l’affront dès 1996, date de son premier passage aux Victoires, en livrant une version live modifiée pour l’occasion de son tube du moment Twenty two bar. Un grand moment où il se paie le milieu de la chanson française endormi sous son nez, sans que celui-ci ne bronche : CQFD… On ne s’en lasse pas (de 0’50 » à 1’45 » dans la vidéo)

A la télévision française, je chantais
Je ne sais plus pourquoi c’était
En face de moi les gens dormaient

Si par hasard il s’éveillaient, il sentaient
Leur vieux décor se balancer
Plusieurs fois manquer de tomber

Même si le petit pont de bois s’écroulait
Des cocoricos s’élevaient
La chanson d’ici ils y croyaient

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Anima! – Breathe

Anima!, duo sud-africano-californien, vient de sortir son premier album, sans distribution physique il semble, du moins pas en France.

Secret encore bien gardé, ce petit bijou s’écoute (et s’achète : je vous encourage à les encourager…) sur BandCamp.

En voici un extrait:

Portico – 101 (album: Living Fields)

Son percussionniste joueur de hang ayant fait défection alors que celui-ci remplaçait déjà un premier percussionniste, Nick Mulvey, parti pour une aventure folk en solo, Portico Quartet a donc décidé de rester à trois et de supprimer le désormais inadapté terme Quartet de son nom pour devenir simplement Portico. C’est sous ce nom qu’ils ont livré leur dernier album Living fields, passant du label Real World de Peter Gabriel à Ninja Tune (une référence en matière de musique électronique). Car privé de son percussionniste, le groupe délaisse un peu ses tendances jazz pour aller vers plus d’électronique (qui n’était cependant pas totalement absente des albums précédents). Habitué des instrumentaux, Portico invite sur ce nouvel album divers chanteurs, dont celui d’un des groupes les plus intéressants à avoir émergé ces dernières années : Alt-J. Cette collaboration a donné naissance à des titres tels que l’hypnotisant 101:

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Mercury Rev – The queen of swans (album: The light in you)

A ne pas trouver le temps d’écrire des chroniques documentées, ce blog a vu le délai entre chaque publication s’allonger significativement. Sa vocation initiale étant de faire découvrir/écouter de la musique sans forcément de disserter longuement à son sujet mieux vaut un article court que pas d’article du tout.

Cela faisait un moment (7 ans!) qu’on attendait des nouvelles de Mercury Rev. Les auteurs du magistral Deserter’s songs nous reviennent assez en forme avec un nouvel album intitulé The light in you, qui commence ainsi :

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Saycet – Mirages (acoustic version)

J’ai déjà parlé de Saycet, orfèvre de la musique électronique française injustement méconnu, à l’occasion d’un EP préludant à la sortie de son troisième album Mirages (même si on peut lui préférer son prédécesseur, Through the window, à écouter absolument). Vient de sortir un nouvel EP qui y fait suite, et qui inclut une version acoustique du titre éponyme du dernier album, l’occasion d’écouter la délicate musique du parisien dans un contexte différent de celui des machines.

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On trouve également sur le net une version live enregistrée sur un toit de Paris:

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Jeanne Added – Look at them (album: Be sensational)

Formée au chant lyrique et au violoncelle au conservatoire, Jeanne Added passe ensuite par le jazz avant de se lancer en solo dans un registre très électronique (tendance 80’s new wave / cold wave), notamment à l’occasion d’une résidence remarquée aux Transmusicales 2014. Produit par Dan Lévy (la moitié masculine de The Do) son premier album s’intitule Be Sensational, et si Look at them n’en reflète pas la dureté et la noirceur qui s’en dégage parfois, elle met en lumière l’indéniable talent vocal de son interprète.

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En concert le 22 octobre à l’Ubu à Rennes…