Camille – Fontaine de lait (critique album: Ouï)

Il est des artistes précieux dont on se réjouit d’avoir des nouvelles, lorsqu’après quelques années de silence parait enfin un nouvel album. Camille est de celles-là.

Son nouvel opus, le cinquième d’une carrière démarrée il y a maintenant 15 ans, s’intitule « Ouï » et ne déçoit pas. Presque entièrement réalisé à quatre mains (ou plutôt à une voix et deux mains…) par la chanteuse et son compagnon, l’album renoue avec les arrangements essentiellement basés sur la voix et les percussions qu’elle avait un peu délaissés sur « Ilo Veyou » au profit d’instruments à cordes pincées (guitare, contrebasse…)

Souvent considérée comme une sorte de Björk française pour sa capacité à innover, Camille suscite le même genre d’attente que la diva islandaise : qu’elle se réinvente à chaque nouvel album. Si « Ouï » n’est plus aussi révolutionnaire qu’a pu l’être « Le fil » en son temps (mais fut-il sorti avant « Le fil » qu’il l’aurait été tout autant), Camille creuse néanmoins son sillon tout en apportant une certaine nouveauté à travers un travail sur les sonorités des mots, entrelaçant les phrases et jouant avec les homophonies. L’électronique y fait également une entrée discrète.

L’album ne souffre quasiment d’aucun temps faible, et nombre de titres sont redoutablement réussis, trouvant le parfait équilibre entre efficacité et émotion à fleur de peau, le tout en explorant différents styles : du titre typiquement « Camillien » (« Sous le sable »), à de la chanson plus pop interprétée en anglais (le single « Seeds ») en passant par la musique traditionnelle (« Les loups », « Twix »).

Nous ne sommes qu’à la mi-2017, mais la barre est désormais placée très haut pour disputer à « Ouï » la place de meilleur album de chanson française de l’année : le seul reproche qu’on puisse finalement faire à ce disque est sa brièveté, les 11 morceaux ne s’étalant que sur 32 petites minutes. Mais peut-être valait-il mieux s’en tenir à cela que d’inclure des titres plus faibles à la seule fin de respecter les standards de durée d’un album : on n’en voudra donc pas à Camille d’avoir privilégié la qualité à la quantité.

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