Hommage à Mark Hollis

N’ayant rien sorti depuis plus de vingt ans, l’espoir s’amenuisait… Mais désormais, c’est sûr : sauf hautement improbable sortie posthume, nous n’entendrons plus jamais de nouveau titre de Mark Hollis. Et c’est infiniment triste.

Mark Hollis : ce nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais tout le monde connait (mal) sa musique. Mark Hollis, c’est la voix si caractéristique (et la silhouette aux oreilles décollées) de Talk Talk. Et Talk Talk, ce sont au moins deux tubes planétaires : It’s my life, et Such a shame.

Des tubes honorables qui ont traversé les décennies, à l’instar (voire mieux que) d’autres tubes de la même époque d’autres groupes également dissous depuis longtemps (le Smalltown boy de Bronski Beat, le Relax de Frankie Goes to Hollywood, le Shout de Tears for Fears, le Don’t go de Yazoo, etc.), mais qui sont loin de représenter l’essence du travail de ce musicien génial mais discret.

Car ce qui différencie Talk Talk des autres groupes de synth pop des années 80, c’est qu’il n’en était pas un, comme la suite plus méconnue de la discographie du groupe et de son leader le prouvera. Après l’énorme succès de ses premiers singles, le groupe a toute liberté. Et Mark Hollis ne se prive pas d’en profiter, s’éloignant progressivement des sentiers battus (et des charts) pour livrer une musique de plus en plus expérimentale et fascinante, au grand dam de sa maison de disque qui finira par le mettre à la porte.

Pourtant, ce sont bien les deux derniers des cinq albums du groupe, intitulés respectivement Spirit of Eden et Laughing stock et passés sous les radars des hit parades au moment de leur sortie, qui poseront sans en avoir l’air les fondements du post-rock et forgeront la légende de Talk Talk, faisant de Mark Hollis une figure influente et respectée par de nombreux artistes tels que Sigur Ros, James Blake, Radiohead ou Alain Bashung.

En effet, au fil du temps et des albums, Mark Hollis délaisse l’électronique des synthétiseurs et des boite à rythmes programmées pour aller vers une musique plus acoustique et spontanée, empruntant autant au jazz et à la musique contemporaine qu’à la pop ou au rock. Le groupe enregistre des heures d’improvisations qu’Hollis décortique, déconstruit puis réassemble. Une méthode de travail reprise à la fin des années 90 par Jason Swinscoe et son Cinematic Orchestra, dont le premier album Motion peut d’ailleurs s’inscrire dans une sorte de continuité de la discographie de Talk Talk.

Mais surtout, Mark Hollis dépouille sa musique, dans une épure qui trouvera son apogée avec l’unique album solo du chanteur, sorti en 1998 avant que le musicien ne se retire du monde de la musique pour se consacrer à sa famille. Un magnifique album contemplatif, fait de longues plages musicales sur certaines desquelles Mark Hollis pose sa voix au timbre unique et si expressif, et dont les arrangements parcimonieux donnent à chaque note le temps d’exister et d’être écoutée.

Hier, Mark Hollis a rejoint le silence qui habitait ses derniers morceaux, et on se dit que vraiment, it’s a shame.

This Mortal Coil – Another Day

This Mortal Coil était un « supergroupe » créé dans les années 80 par Ivo Watts Russell, alors patron du prestigieux label 4AD. Supergroupe au sens où This Mortal Coil était un collectif au sein duquel œuvraient les membres de différents groupes du label, tels que Cocteau Twins, Dead Can Dance, Pixies ou encore Siouxsie and the Banshees. Et aussi supergroupe au sens où… c’était un super groupe.

This Mortal Coil a livré trois albums, principalement composés de reprises. Ici, Another Day, chanson de Roy Harper datant de 1970, chantée par Elizabeth Frazer et sa voix d’ange, que ceux qui n’ont pas connu ses vocalises au sein de Cocteau Twins ont peut-être entendue ailleurs, par exemple sur le tube Teardrop de Massive Attack (oui, le morceau dont la version instrumentale a servi de générique à la série Dr House), ou sur un album de Yann Tiersen, Craig Armstrong ou Peter Gabriel.

Philip Glass – Opening (album : Glassworks)

Bon point argentLors du concert de Locus Solus Orchestra dont fait partie Manu Delago à qui j’ai récemment consacré un article, on a pu entendre une version réarrangée de l’Opening de l’album Glassworks de Philip Glass (à moins que ce n’ait été de Closing, les deux titres partageant le même thème)

Les amateurs de la BO du film La leçon de piano seront en terrain connu avec ce titre, ce qui n’a rien de très étonnant, Philip Glass et Michael Nyman (le compositeur de la BO) étant plus ou moins issus du même courant musical : la musique minimaliste américaine.

Dans les deux cas, il s’agit d’une pièce pour piano à la rythmique simple et répétitive, sans réelle mélodie… et pourtant tellement émouvante.

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Cocteau twins – Lazy calm (album : Victorialand)

Un peu de calme pour se ressourcer après l’effervescence des fêtes de fin d’année et être zen pour attaquer la rentrée 2014 : écoutons le premier titre de l’album Victorialand paru en 1986. Il s’agit du de disque le plus méditatif de Cocteau Twins (avec celui cosigné avec le compositeur ambient Harold Budd), groupe qui fut un des fers du lance du label 4AD dans les années 80. Depuis la séparation du trio dans les années 90, sa chanteuse Liz Fraser ne s’est fait entendre que ponctuellement, invitée par des artistes prestigieux à poser sa voix céleste sur leur musique : Craig Armstrong, Peter Gabriel, Yann Tiersen, Massive Attack… (la chanson « Teardrop », dont un extrait instrumental sert de générique à la série Dr House, c’est elle)

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Yazoo – Don’t go

La pop électronique / new wave des années 80, longtemps ringardisée par ses sons désormais considérés comme naïfs, vit un surprenant retour en force, avec moult artistes pompant outrageusement les sonorités de l’époque. Tant et si bien qu’il sort aujourd’hui nombre d’albums qu’on pourrait croire publiés en 1982 (Lescop, Juveniles, Tristesse contemporaine, La Femme… voire Austra -plus intéressant à mon goût- dont j’ai parlé la semaine dernière). Se nourrir d’influences pour élaborer son propre style, c’est bien, se contenter d’un copier/coller comme le font certains a moins d’intérêt : dans ce cas, autant écouter the real thing, à savoir les titres de l’époque. Ce que nous allons faire, avec ce vieux tube de Yazoo, qui n’a pas fait énormément d’autres choses inoubliables que ledit tube, mais qui, ne serait-ce que pour ce titre, a bien fait d’exister. Il y a un autre bénéfice à l’existence de Yazoo : le groupe a été créé par Vince Clark suite à son départ de Depeche Mode, dont il était le compositeur du premier album. Et ce départ a probablement été le plus grand service que Vince Clark ait rendu à Depeche Mode, laissant la place vacante de compositeur à Martin Gore, qui emmènera le groupe dans des directions beaucoup plus innovantes et audacieuses que ce que Clark aurait probablement fait : « Just can’t get enough » (Clark), c’est gentiment efficace, mais on est bien loin du niveau de ce que Gore a pu livrer par la suite : « Blasphemous rumours », « Stripped », « Shake the disease », « Never let me down again », « Enjoy the silence », etc.

Ecoutons donc « Don’t go », qui doit autant aux synthés de Vince Clarke qu’à la voix profonde d’Alison Moyet.

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